Pour quoi faire ?

14 mars 2024

PETITE HISTOIRE DE LA CENSURE DANS LES LIVRES JEUNESSE


Ce 17 juillet 2023, assis face à son bureau, Gérald Darmanin signe l’arrêté interdisant la vente aux mineurs de l’ouvrage de Manu Causse Bien trop petit. Le ministre de l’Intérieur est encore tout émoustillé par la brutale répression infligée aux «  émeutiers  », soulevés suite à la mort de Nahel Merzouk et aussitôt criminalisés pour dépolitiser «  quoiqu’il en coûte  » leur révolte. Avec cette signature, il gagne ses épaulettes de «  Père-la-morale  » et l’éditeur une promo d’enfer qu’il ne manquera pas de faire fructifier. Mais de quoi cette censure est-elle le nom ? Quelle panique morale le ministre de l’Intérieur a‑ t-il voulu créer pour paraître mieux l’endiguer ?

Une loi désuète
Les publications destinées à la jeunesse, livres et journaux, sont soumises à la loi du 16 juillet 1949. Il leur est interdit de présenter sous un jour favorable  : le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche, les crimes et délits, les actes «  de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse  », les préjugés ethniques. À bien y regarder, on retrouve dans cette liste comme un parfum des sept péchés capitaux, ce qui mériterait qu’on s’attarde plus longuement sur l’origine de ces choix. Il y aurait d’ailleurs une histoire à faire de cette loi et de ses usages. À l’époque, il s’agissait de faire barrière à l’invasion des comics américains qui avaient accompagné les soldats lors du débarquement et de l’occupation de l’Europe qui avait  suivi.
 
 
Incitant à l’autocensure de la part d’éditeurs peu enclins à voir leurs tirages saisis, elle permet surtout à des associations, par des piqûres de rappel, d’imposer sinon l’étroitesse de leur point de vue, tout du moins de museler les opinions trop contradictoires, en saisissant la commission idoine au moindre soupçon de faux pas. Dépoussiérée en 2011 par une loi modificative, notamment pour évacuer l’interdiction d’évoquer la paresse et d’autres notions vagues ou désuètes, elle demeure un moyen de pression auquel peu de maisons d’édition osent se frotter ou qui leur permet de justifier leur frilosité.


Suite de l'article à retrouver sur le site de la revue Ballast.

Dessins inédits de Yann Fastier.



BIEN TROP PETIT
Manu Causse
400 pages – 15,90 euros
Éditions Thierry Magnier – Paris – Septembre 2022

www.editions-thierry-magnier.com/collection-l-ardeur-1237.htm

Ce 17 juillet 2023, assis face à son bureau, Gérald Darmanin signe l’arrêté interdisant la vente aux mineurs de l’ouvrage de Manu Causse Bien trop petit. Le ministre de l’Intérieur est encore tout émoustillé par la brutale répression infligée aux « émeutiers », soulevés suite à la mort de Nahel Merzouk et aussitôt criminalisés pour dépolitiser « quoi qu’il en coûte » leur révolte. Avec cette signature, il gagne ses épaulettes de « Père-la-morale » et l’éditeur une promo d’enfer qu’il ne manquera pas de faire fructifier. Mais de quoi cette censure est-elle le nom ? Quelle panique morale le ministre de l’Intérieur a‑t‑il voulu créer pour paraître mieux l’endiguer ?
Ce 17 juillet 2023, assis face à son bureau, Gérald Darmanin signe l’arrêté interdisant la vente aux mineurs de l’ouvrage de Manu Causse Bien trop petit. Le ministre de l’Intérieur est encore tout émoustillé par la brutale répression infligée aux « émeutiers », soulevés suite à la mort de Nahel Merzouk et aussitôt criminalisés pour dépolitiser « quoi qu’il en coûte » leur révolte. Avec cette signature, il gagne ses épaulettes de « Père-la-morale » et l’éditeur une promo d’enfer qu’il ne manquera pas de faire fructifier. Mais de quoi cette censure est-elle le nom ? Quelle panique morale le ministre de l’Intérieur a‑t‑il voulu créer pour paraître mieux l’endiguer ?

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