23 septembre 2016

¡ YA BASTA !


S’inscrivant dans une tradition de lutte de plus de 500 ans et après avoir tenté par tous les moyens légaux de faire entendre les droits du peuple mexicain, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (E.Z.L.N.) prend les armes le 1er janvier 1994 et déclare la guerre au mauvais gouvernement.

Dans la première Déclaration de la jungle Lacandone, les insurgés zapatistes posent leurs revendications qu’ils résument en deux mots «  Ya basta ! » (« Ça suffit ! ») et qu’ils précisent par une série de lois :
-      La loi sur les impôts de guerre abolit les impôts et en impose un à tous les civils tirant profit du peuple et de ses activités.
-      La loi agraire révolutionnaire vise à restaurer la propriété communautaire des terres fixée par la Constitution de 1917, amendée en 1991 par l’introduction d’un droit à l’appropriation privée. Au-delà d’une certaine surface, les propriétaires sont expropriés et leurs terres rendues aux coopératives pour la production collective des aliments nécessaires au peuple mexicain.
-      La loi révolutionnaire sur les femmes leur donne le droit de décider du nombre d’enfants qu’elles désirent, de choisir librement leur conjoint.
-      La loi de réforme urbaine supprime l’impôt foncier et le loyer, réquisitionne les bâtiments vides.
-      La loi du travail, la loi sur l’industrie et le commerce, la loi sur la sécurité sociale et la loi sur la justice s’appliquent tout autant à protéger le peuple mexicain.

Les nombreux communiqués de presse qui suivent rendent compte, non sans humour, des nombreuses tentatives de manipulation du gouvernement fédéral, de l’intense répression subie, des conditions de vie des populations et des combattants, des campagnes de dénigrement, des assassinats. Le sous-commandant Marcos, rédacteur de ces textes débattus collectivement, s’adresse tour à tour aux journaux, à diverses personnalités nationales ou étrangères, aux étudiants, aux enfants, aux autres peuples indigènes,… pour éclaircir les exigences de Liberté, de Justice et de Démocratie. Il exige la tenue d’élections libres.
Les tentatives de cessez-le-feu seront sans cesse violées par l’armée fédérale. Les négociations du printemps seront l’objet de pressions incessantes et de contre-vérités diffusées par la presse, pour déstabiliser les rebelles. Finalement, les 32 propositions du Gouvernement en réponse aux 34 revendications zapatistes, seront soumises à une consultation nationale organisée par le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène (C.C.R.I.) et rejetées à 97,88%.

La deuxième Déclaration de la jungle Lacandone se réclame d’Émiliano Zapata qui affirmait que « c’est aussi en lançant des idées rédemptrices, des phrases de liberté et des anathèmes terribles sur les bourreaux du peuple que s’effondrent les dictatures, que s’effondrent les empires ». Elle décrète un cessez-le-feu unilatéral afin de permettre à la société civile de s’organiser pour parvenir à une transition démocratique par une convention nationale démocratique qui devra déboucher sur de nouvelles élections, un gouvernement de transition et une nouvelle magna carta qui reprendrait les principes essentiels de la Constitution de 1917, reconnaissant à l’ensemble des mexicains le droit à un toit, à la terre, au travail, à la nourriture, à la santé, à l’enseignement, à l’information, à la culture, à l’indépendance, à la démocratie, à la liberté, à la justice et à la paix.
L’ E.Z.L.N. ne se rend pas, elle résiste car la dignité ne se rend pas. Les insurgés zapatistes sont les ruisseaux de montagnes qui descendent dans la vallée pour faire gronder les rivières. Mais les ruisseaux n’ont pas de chemin de retour. Rien pour eux. Tout pour tous. Leur vrai choix est la paix digne ou la guerre digne.
Le mauvais gouvernement leur répond par le mensonge et la guerre.
La convention nationale aura bien lieu mais avec une pression militaire constante. Arrestations, tortures, attentats, assassinats se multiplient.
Les élections du 21 août connaitront des fraudes record. Le P.R.I. aurait dépensé 1 250 millions de dollars pour sa campagne, soit 25 fois plus que Clinton pour la sienne aux États-Unis !
L’E.Z.L.N. rompt alors le dialogue. Ainsi s’achève ce premier volume, avec les derniers communiqués et les dernières lettres d’octobre 1994.


Cette première compilation de toutes les proclamations de l’E.Z.L.N. et du C.C.R.I. est forcément parfois répétitive mais rend bien compte de la grande intégrité des insurgés, de leur désir de changer le monde sans prendre le pouvoir. À côté d'abondantes données chiffrées démontrant les injustices que subit le peuple mexicain, on trouve des textes plus poétiques, emprunts du réalisme magique caractéristique de la littérature d’Amérique Latine, ce qui leur donne un souffle original. Le sous-commandant Marcos les parsème de poèmes, d’anecdotes et d’histoires comme celle de Durito, le petit scarabée à lunettes qui fumait la pipe.
Véritables pages d’histoire d’une révolution contemporaine toujours vivante, indispensables pour se forger sa propre opinion face aux montagnes de contre-informations publiées ici ou là.



¡ YA BASTA !  

Les insurgés zapatistes racontent un an de révolte au Chiapas.

Sous-commandant Marcos
Traduit de l’espagnol par Anatole Muchnik
482 pages – 150 francs
Éditions Dagorno – Paris – 1994

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