15 octobre 2016

FAUT PAS PAYER !


S’inspirant de faits réels, Dari Fo met en scène des femmes d’ouvriers incapables de payer leur loyer, leurs factures de  gaz, d’électricité, exaspérées par la hausse des prix qui décident d’une auto-réduction puis finissent par dévaliser un supermarché, refusant tout simplement de payer. 

S’ensuit un enchainement d’ombroglios et de quiproquos, de portes qui claquent, de femmes soudainement enceintes qui perdent les eaux (au goût de saumure, avec quelques olives !). Un gendarme tombera enceint lui aussi, attribuant ce « miracle » à Sainte-Eulalie. Quant au policier, appliquant à la lettre le règlement lors des perquisitions, il parvient à pousser en même temps à la subversion : « Contre le vol (celui des spéculateurs et des affameurs) il n’y a que l’expropriation ! », « Croyez-moi, les réformes sérieuses, il faut que les gens comprennent qu’ils doivent les faire eux-mêmes. Tant qu’ils goberont des trucs comme… la délégation des pouvoirs, le sens des responsabilités, la patience, l’autodiscipline et tout ce qui s’ensuit… rien ne peut bouger. »

L’empathie du lecteur (ou du public) est acquise dans un grand éclat de rire qui alimente une colère grandissante. Le sentiment de révolte suit car l’indignation est insuffisante ; elle n'est que « l’arme la plus redoutable du couillon ».

Le théâtre de Dario Fo est vivant, vibrant, bouillonnant. Nourri à la Commedia Dell’Arte, aux faces médiévales, il utilise la satire, le comique le plus corrosif, le grotesque, à des fins politiques pour dénoncer le chômage, la précarité, les délocalisations, la répression, les expulsions, la condition féminine. Ses didascalies suggèrent d’adapter le texte au contexte, de l’enrichir en références aux événements du moment pour le rendre encore plus immédiatement parlant.

C’est généreusement drôle, puissamment jubilatoire, intensément subversif. À monter d’urgence et partout !

FAUT PAS PAYER !
Dario Fo
Traduit de l’italien par Valeria Tasca et Toni Cecchinato
Préface d’Hubert Gignoux : « Une volée de colère et de rire »
Dans « Œuvres complètes » – tome 1 
290 pages – 20 euros
Éditions Dramaturgie – Paris – octobre 1997


Du même auteur :

MORT ACCIDENTELLE D’UN ANARCHISTE


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire