18 octobre 2015

LETTRE À UN PAYSAN SUR LE VASTE MERDIER QU’EST DEVENUE L’AGRICULTURE.


Fabrice Nicolino dresse le portrait d’une agriculture productiviste pollueuse, destructrice d’emploi et incapable de nourrir l’humanité. Il remonte aux origines de cette dérive, rapporte des évènements clefs qui permettent de comprendre comment on en est arrivé là.


Il revient sur la guerre de 14-18 qui vit mourir un quart des paysans français, entre 700 000 et un millions de ce que les statistiques appelaient les « actifs » agricoles ». Plus 300 000 gravement mutilés.
La guerre nourrit l’industrie. Elle aura permis à Renault de se devenir le premier groupe industriel, grâce à sa production de camions militaires, d’ambulances, de camions-citernes, de camions pompiers et de chars Renault FT ! Il se lancera, une fois la paix revenue, dans la fabrication de tracteur mais les campagnes se montreront longtemps méfiantes vis-à-vis de l’industrialisation.
En 1917, les américains ont apportés avec eu le doryphore qui, en 1933, aura envahi 58 départements. La pomme de terre occupe alors 7% de la surface cultivée, soit 1,5 millions d’hectares. Heureusement, un chercheur suisse déterre en 1939 les travaux d’un chimiste autrichien qui découvrit en 1874 la molécule du D.D.T. Ce produit joue un rôle essentiel dans la construction de la mythologie d’un progrès sans fin par la technique. Ce n’est que dans les années soixante qu’on saura que c’est aussi un puissant cancérigène et reprotoxique.
Aux Etats-Unis, les abattoirs de Chicago sont à la pointe. Dès 1893, y sont abattus la moitié des animaux du pays. Un bœuf toutes les 8 secondes. Les chaines de désassemblage inspireront à Ford ses chaines de montage. C’est ainsi qu’une industrie productiviste pourra être décuplée en 1941, lors de l’entrée en guerre des Etats-Unis. Et le plan Marshall viendra fournir des débouchés à cette « machine de guerre » reconvertie. Les prêts étaient conditionnés à des achats made in USA.
Dans l’immédiate après guerre, une autre voie était encore possible, un autre choix. Fabrice Nicolino raconte sa rencontre avec ce paysan qui, dans les années 50, refusa d’agrandir son exploitation mais parvenait au même rendement sur ses 8 hectares que ses voisins sur 25, fertilisant ses prairies en y plantant du trèfle blanc, sans recours aux engrais azotés.

Pourtant, sous la pression des industriels, mais aussi d’un aveuglement politique obnubilé par une certaine vision du progrès, tout concoure à augmenter la productivité et le rendement.
Les recherches de l’I.N.R.A. sont orientées vers les sélections génétiques. Le remembrement va détruire, pour la seule Bretagne, 280 000 km de haies et de talus boisés entre 1950 et 1985. La conséquence immédiate de ces choix sera la disparition des paysans. De 10 millions en 1945, ils ne sont plus que 500 000.

La puissante F.N.S.E.A est à l’origine de toutes les reformes concernant les paysans. Complice, il n’y a pas de syndicat plus attaché à la mort de ses mandants !

Au niveau mondial, la même logique mortifère règne. La F.A.O. créée pour éradiquer la faim, ni plus ni moins, n’aura jamais d’autre but que d’accompagner l’industrialisation de l’agriculture au service des transnationales du secteur.
La faim ne régresse pas. Elle augmente.

Des lois inspirées par les lobbies marchands permettent la mainmise des entreprises sur les semences. Le profit, encore et toujours, au nom du progrès !

Ce texte synthétique permet de mieux comprendre l’implacable logique des politiques agricoles. Il dénonce les puissances qui gouvernent et dictent leurs lois, au nom de leurs seuls profits.

Pourtant, Fabrice Nicolino ne désespère pas. Il revendique un autre possible. Il donne l’exemple de l’agroécologie  qui pourrait doubler la production alimentaire en dix ans !


LETTRE À UN PAYSAN SUR LE VASTE MERDIER QU’EST DEVENUE L’AGRICULTURE.
Fabrice Nicolino.
Les échappés - Paris - janvier 2015
128 pages – 13,90 euros



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