1 juin 2016

LES SILLONS DE LA COLÈRE : la malbouffe n’est pas une fatalité.


Si les progrès des sciences et techniques ont permis d’éradiquer famines et épidémies, de prolonger l’espérance de vie, dans le même temps d’autres menaces sont apparues. Dans les années à venir, il faudra relever les défis environnemental, énergétique, de l’indépendance et de la sécurité alimentaire. Si l’industrie, les administrations, les ménages sont bien entendu concernés, l’agriculture est au cœur de cet enjeu.
Déjà à la fin des années 50, on sait comment produire des éléments sains et de qualité, en préservant l’environnement, avec une forte valeur ajouté. Le productivisme qui a suivi a conduit l’agriculture dans une impasse : produire  toujours plus en rejetant sur d’autres le coût des nuisances. Mais tout n’est pas perdu. André Pochon prône un retour aux règles agronomiques fondamentales, au bon sens.


En 1947, le premier Centre d’Étude Technique Agricole (C.E.T.A.) voit le jour. Dix-sept paysans de Seine-et-Oise se réunissent une fois par mois pour mettre en commun leurs réussites, leurs échecs, leurs expériences, les analyser et en rendre compte. Rapidement, les rapports sont échangés entre les fédérations de tous les C.E.T.A. créés en France. Ainsi ce sont les paysans eux-mêmes, avec le certificat d’études comme seul diplôme, qui ont initié le progrès, triplant la production sans dépenses supplémentaires et sans défigurer la terre pour autant.


Vaches armoricaines remplacées par des normandes et la production de lait passe de 1 500 à 4 000 litres par an, alimentées par du fourrage et des céréales concassées, elles ont ruminé plus vite. C’est la « révolution fourragère » initié par des ingénieurs agronomes comme René Dumont : « la vache est un animal extraordinaire, elle a une barre de coupe à l’avant et un épandeur à l’arrière. »


André Pochon explique comment le productivisme démesuré à partir des années soixante-dix, a défiguré les campagnes, profondément pollué l’environnement, endetté ou ruiné bon nombre d’agriculteurs au profit de quelques uns. La promotion du maïs fourrage et le développement de l’élevage intensif, puis concentrationnaire, porcin notamment, ont définitivement détruit les équilibres ancestraux.
Les intérêts à court terme commandent, poussés par les pressions syndicales et politiques et les lobbies agro-alimentaires.
Les conséquences ne se font pas attendre : pollution dramatique des eaux, empoissonnement des aliments… la crise de la vache folle est l’illustration parfaite de cette dérive productiviste, comme les O.G.M., la listériose.


André Pochon défend des modèles alternatifs : le retour au système fourrager et à l’élevage sur paille qui font leurs preuves aujourd’hui encore mais sont victimes d’un blocage politique car le lobby de l’agro-business continue d’imposer son système productiviste, soutenu par les aides publiques. Les solutions sont pourtant simples à mettre en œuvre : il faut rompre avec la monoculture.


Soulignons que cet ouvrage est paru en 2001 et que les problèmes relevés persistent et n’ont fait qu’empirer. André Ponchon pourtant comptait alors sur un rapide réveil des consciences avec la crise de la vache folle notamment. Son propos demeure donc plus que jamais d’actualité. Son espoir dans une agriculture durable, son enthousiasme et surtout la clarté tant de ses explications que de ses solutions nourriront bien des réflexions.


LES SILLONS DE LA COLÈRE : la malbouffe n’est pas une fatalité.
André Pochon
Préface de Jean-Marie Pelt
126 pages – 9 euros
Éditions La Découverte – Collection « Alternatives économiques» – Paris – juin 2001





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