17 octobre 2018

LE SILENCE DU FLEUVE

Trente ans après le massacre de centaines d’Algériens dans les rues de Paris, Anne Tristan rompt la chape de silence qui entoure ce crime d’État, restitue l’enchainement des faits, donne la parole aux témoins et montre ce que la France a effacé de sa mémoire collective.
De nombreuses photographies en noir et blanc illustrent son récit. Elles montrent la vie de ces travailleurs cantonnés dans des bidonvilles aux portes de Paris. 

En août 1958, le FLN ouvre un « second front » en métropole en dynamitant des dépôts pétroliés, mitraillant des commissariats. Maurice Papon, nommé préfet de Paris en mars, instaure des méthodes de répression de contre-guérilla. Le 6 octobre 1961, il décrète un couvre-feu discriminatoire sous forme de « conseil » aux travailleurs algériens. Le soir du 17 octobre, 30 000 algériens convergent pacifiquement vers Paris. Le compte-rendu des événements est édifiant, bouleversant, sans appel. Le 19, des centaines d’expulsions sont mises en scène pour détourner l’attention des 14 094 manifestants ou passants encore internés au Palais des sports, au stade de Coubertin et au camp de Vincennes. Là aussi, les témoignages, y compris du personnel médical, sont accablants. C’est tout un système de violences policières racistes qui est mis en lumière, des « ratonnades », des meurtres perpétrés en toute impunité depuis des mois, des corps jetés à la Seine. Toutes les plaintes sont classées sans suite. Des policiers écrivent, anonymement, pour « sauver l’honneur de la police » et décrivent les tortures, les sévices et les meurtres orchestrés, racontent la haine devenue incontrôlable. Les prêtres du XIIIe arrondissement rédigent et diffusent un sermon commun pour dénoncer les « odieuses violences » et les « morts inadmissibles ». Les universitaires, réunis dans la cour de la Sorbonne dénoncent « les méthodes policières sans équivalent depuis le régime de Vichy ». Pourtant le pouvoir, à force de censure, de pression et de mensonges, parvient à imposer le silence. Les huit français morts par la sauvagerie d’une compagnie de policiers débarqués exprès d’Algérie, au cours de la manifestation du 8 février 1962 à Charonne, auront des noms, des obsèques survies par 300 à 500 000 personnes, deviendront des « martyrs de la liberté » et resteront dans les mémoires, effaçant un peu plus les Algériens tombés le 17 octobre. Cet ouvrage contribue à combler ce silence.



LE SILENCE DU FLEUVE
Ce crime que nous n’avons toujours pas nommé : 17 octobre 1961
Anne Tristan
136 pages – 150 francs.
Éditions Syros – Collection Alternatives – Paris – Octobre 1991





Lire aussi :

LA BATAILLE DE PARIS - 17 octobre 1961

 

 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire