23 décembre 2017

LE MAL NE SE MAINTIENT QUE PAR LA VIOLENCE

Gandhi et le Dalaï Lama revendiquent tous deux la non-violence en réponse à l’oppression. Mais si le premier situe son argumentation d’un point de vue moral, le second prône, lui, une forme de sagesse nécessaire.


À la Cour qui l’accuse « d’avoir encouragé la désaffection envers un gouvernement établi en Inde par la loi », Gandhi rappelle que son activité publique commença en 1893 en Afrique du Sud. Il apporta alors au gouvernement sa « coopération volontaire et sincère, le critiquant librement » lorsqu’il considérait qu’il se trompait, lui offrant ses services lorsque l’existence de l’Empire se trouva menacée par la guerre des Boers, formant un corps d’ambulanciers volontaires, comme il le fera ensuite à Londres pendant la guerre contre l’Allemagne, puis en Inde en 1918.
Pourtant il se rendit compte que « les réformes n’indiquaient pas le début d’une transformation des sentiments du gouvernement » mais n’étaient « qu’une méthode pour vider davantage l’Inde de ses richesse et prolonger sa servitude ». Il affirme que « dans 99 cas sur 100, justice n’est pas rendue aux Indiens dans les tribunaux de l’Inde » et que « l’administration de la loi s’est prostituée, consciemment ou inconsciemment, au bénéfice de l’exploiteur ».
Il conteste l’accusation qui le touche selon laquelle le simple fait d’afficher de la désaffection est un crime. « L’affection ne saurait être fabriquée ou régulée par la loi. Si l’on n’a pas d’affection pour une personne ou pour un système, on doit être libre d’exprimer pleinement sa désaffection, tant que l’on n’a pas l’intention de recourir, de promouvoir ou d’inciter à la violence. » Et au contraire, il estime que « c’est une vertu d’avoir de la désaffection pour un gouvernement qui dans son ensemble a fait plus de mal à l’Inde que n’importe quel autre système antérieur ». Il considère que « c’est un péché d’avoir de l’affection pour ce système ». « La non coopération avec le mal est tout autant un devoir que l’est la coopération avec le bien ». Il martèle que « la non-coopération violente ne fait qu’accentuer le mal et que, étant donné que le mal ne se maintient que par la violence, le refus de soutenir le mal exige de s’abstenir de toute violence. »
En conclusion, il conseille au juge de démissionner afin de cesser de s’associer au mal.


Le quatorzième Dalaï Lama, chef temporel et spirituel du peuple tibétain, reçoit le prix Nobel de la paix en 1989. À cette occasion, il rappelle la nécessité d’apprendre à vivre sur cette terre où nous sommes tenus de cohabiter « en paix tous ensemble, en harmonie avec la nature ». Il appelle à « prendre conscience que, fondamentalement, nous sommes tous des êtres humains en quête de bonheur et en refus de la souffrance » afin de « favoriser le développement du sens de la fraternité, de l’amour et de la compassion ».
Il évoque évidemment l’occupation militaire du Tibet depuis 1950.


 

Deux documents historiques pour alimenter le débat.


LE MAL NE SE MAINTIENT QUE PAR LA VIOLENCE
Déclaration du Mahatma Gandhi, 23 mars 1922
Traduit de l’anglais par Pascale Haas
Suivi de « LA VÉRITÉ EST LA SEULE ARME DONT NOUS DISPOSONS »
Discours du Dalaï Lama, 10 décembre 1989
Traduit de l’anglais par Lise Médini
Édition bilingue
66 pages – 3 euros
Éditions Point Seuil – Paris – Août 2009



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