16 décembre 2017

PENDANT QUE LA PLANÈTE FLAMBE

Un des fils conducteurs de cette bandes dessinées suit les discutions de deux jeunes filles. L’une s’enthousiasme à tout bout de champ pour des campagnes pour sauver la planète et tente de diffuser leurs bons conseils : changer nos ampoules, réduire nos déchets, rester moins longtemps sous la douche, planter un arbre, décider ce qu’on va y prendre avant d’ouvrir la porte du frigo… Bonne conscience à peu de frais. 

Son interlocutrice lui oppose, chiffres à l’appui, combien tout ceci
est dérisoire et vain : même si tous les américains, par exemple, l’imitaient, ce serait encore nettement insuffisant. Pour éviter la catastrophe, nous devons réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 80% dès maintenant. Il ne s’agit pas de renoncer à vivre de façon responsable mais de ne pas s’illusionner au point de croire que cela suffira à changer le système. Les listes de bons conseils ne s’adressent surtout jamais aux principaux responsables des problèmes, les gouvernements et les multinationales (Exxon Mobil rejette 5% de toutes les émissions
de CO2), mais culpabilisent les citoyens tout en leur donnant l’illusion d’agir. Les coupables sont épargnés. Le système n’est pas remis en cause. L’inaction devient supportable et l’impuissance réelle admise.

L’activiste qui va attaquer véritablement le système est un lapin borgne. La répression s’abat immédiatement sur tous les lapins et leurs soutiens accusés de terrorisme : soit vous êtes avec nous nous, soit vous êtes contre.

Le cynisme des garants du système est décrit sans fard.
Les leaders de la consommation s’acoquinent aux politiques pour devenir leaders de la « surconsommation durable » : ils augmentent leurs marges sur les ampoules basse consommation, profitant de la bonne volonté des consommateurs.
Tout le système de collusions est analysé, décortiqué au scalpel et présenté avec un sens de la caricature particulièrement efficace. Les auteurs ne s’embarrassent pas de circonlocutions. Ils nous montrent avec une crudité brute et redoutable la cupidité du président des États-Unis, les manipulations de la « chaîne de la peur » et de ses experts qui nous expliquent « toutes les opinions possibles sur un sujet » à nous qui ne sommes pas des experts, la docilité des forces de sécurité qui arrêtent les gens qui manifestent de l’hostilité envers le système qui détruit et empoisonne, plutôt que ceux représentent une menace pour la société (les pollueurs). En poussant les logiques de chacun jusqu’à l’absurde, ils imposent une théorie radicale.



D’autres approches contestataire sont aussi abordées et critiquées : celle de celui qui refuse la violence, s’exclut du monde pour méditer, celle des associations qui courent après les soutiens, les signatures et les dons.


Cette bande dessinée virulente, joyeuse et caustique adapte en quelque sorte le fameux conte quechua qui nous est toujours servi amputé, celui qui oppose le courageux et vaillant colibri qui « fait sa part », au sanglier qui « fait ce qui doit être fait ». Il s’agit du seul ouvrage de Derrick Jensen traduit en français à ce jour, mais il donne fortement envie de découvrir les autres. En attendant, relisons-le.




PENDANT QUE LA PLANÈTE FLAMBE
50 gestes simples pour continuer à nier l’évidence
Derrick Jensen et Stephanie McMillan
226 pages – 18 euros
Éditions La Boîte à bulle – Collection « Contre-pied » –  Anthony – Octobre 2010
www.la-boite-a-bulles.com
Publié en 2007 aux éditions Seven Stories Press (New-York)

1 commentaire:

  1. Je l'avais emprunté à la médiathèque il y a quelques temps et j'avais trouvé le principe du dialogue intéressant aussi.

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