14 janvier 2020

L’ANARCHIE OU LE CHAOS

L’anarchie n’est pas le chaos. Philippe Godard explore les idées défendues par les anarchistes depuis cent cinquante ans, citant ceux-ci généreusement, convaincu qu’elles permettent encore de répondre aux grandes questions contemporaines.

La liberté n’est pas une question de droits acquis ou conquis, elle est un réflexe fondamental, un amour de la vie. La liberté individuelle n’est pas limitée par la liberté d’autrui, mais sa prolongation.

Parce qu’ils considèrent que tout pouvoir est fondé sur la domination sans partage ou sur la délégation, que tout pouvoir est toxique, les anarchistes ne veulent pas de chef. Nous pouvons nous en passer. L’État est un monstre froid qui détruit les individus, les façonne, leur ôte toute liberté et toute créativité. Avec le discours de la technologie, le pouvoir est devenu désincarné : des experts interchangeables nous promettent un monde meilleur tout en détruisant la planète, tandis que nous perdons tout contrôle sur notre vie.

Les anarchistes proposent de faire de la politique ailleurs que dans les urnes parce que « le suffrage universel est l’expression la plus complète et en même temps la plus raffinée de la charlatanerie politique de l’État, un instrument dangereux, sans aucun doute, et qui demande une grande habileté de la part de celui qui l’utilise. Mais pour qui sait bien l’utiliser, il est le moyen le plus sûr pour faire coopérer les masses à la construction de leur propre prison. » (Bakounine). Ils s’opposent aussi à la délégation de pouvoir et recherchent des modes de participation directe, d’autogestion.

« Pour atteindre son objectif de liberté, d’émancipation, l’individu doit refuser de se fondre dans une masse indistincte, car celle-ci est toujours dominée par un chef ou une idéologie, qu’il s’agisse d’une Église ou d’une nation. » L’individu s’associe librement avec d’autres individus, tous se considérant comme égaux.

Selon Kropotkine, l’entraide anime l’espèce humaine tout autant que les autres, et non la lutte de tous contre tous

Depuis le XVIIIe siècle, l’idée d’une révolution qui abolira tout pouvoir et donnera la liberté à toutes et à tous, hante les esprits de celles et ceux qui s’intéressent à l’émancipation du genre humain. Deux tactiques révolutionnaires se sont affrontées au sein de l’Association internationale des Travailleurs, créée en 1864 : les partisans de Karl Marx et d’un communisme autoritaire défendait le maintien de l’État qui devait « dépérir » petit à petit (On a vu en Russie après 1917 et en Chine après 1949 qu’il n’en a rien été), tandis que pour la plupart des anarchistes la révolution devait être complète et radicale, avec l’abolition immédiate de l’État.

Chapitre après chapitre, différentes notions sont ainsi explorées, abondamment illustrées par des textes de penseurs anarchistes. Ainsi, différents points de vue peuvent être présentés. Il n’y a qu’avec la violence que l’auteur fait preuve d’un brin de mauvaise foi, n’expliquant pas que certains ne refusent aucune tactique sur un principe moral et peuvent admettre son usage, contre les biens tout au moins, dans certaines circonstances. Philippe Godard, ouvertement partisan de la non-violence, n’explique pas que si Gandhi ou Martin Luther King ont été choisis comme interlocuteurs, c’est que d’autres, prônant la violence, ont fait passer leurs revendications pour modérées.

L’argent, la consommation, l’éducation, les frontières, la science, sont de la même façon critiqués. L’écologie radicale est une composante de l’anarchie puisque celui-ci s’oppose à toute forme de domination. La déclaration de Marius Jacob lors de son procès en 1903, intégralement citée pour alimenter le débat sur l’illégalité, est un pur régal.

 

Ce titre, L’Anarchie ou le chaos, est en soi une excellente trouvaille, qui renvoie le stigmate dans l’autre camp. Si l’éditeur recommande ce livre aux adolescents « pour développer leur sens critique », son ton pédagogique conviendra aussi bien aux adultes, en particuliers ceux qui, curieux, souhaitent découvrir l’anarchie.


L’ANARCHIE OU LE CHAOS
Philippe Godard
Illustrations de Vincent Odin
226 pages – 10 euros.
Éditions Caliquot – La Celle-Saint-Cloud – Novembre 2018
À partir de 15 ans
lecalicot.fr




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