28 août 2016

L’UTOPIE


Le « Discours du très excellent homme Raphaël Hythloday sur la meilleure constitution d’une république par l’illustre Thomas More vicomte et citoyen de Londres noble ville d’Angleterre » (tel est son exact intitulé) est à l’origine du terme et du concept d’utopie.


Thomas More (1478-1535) y relate tout d’abord sa rencontre avec Raphaël Hythloday, grand voyageur. À l’écoute de ses récits, il regrette qu’aucun prince ne puisse bénéficier de sa sagesse car tous sont la source d’où le bien et le mal se répand sur le peuple. Il prend exemple de l’Angleterre où la société n’assure pas l’existence à tous ses membres si bien que certains se trouvent dans la nécessité de voler. Il propose de mettre un frein à l’avare égoïsme des riches, de leur ôter le droit d’accaparement et de monopole. Il dénonce l’inutilité et l’injustice de la peine de mort utilisé pour punir le vol.
Rappelons ici que ce texte est paru au début du XVIème siècle et que son auteur est d’origine noble, juriste puis magistrat jusqu’à devenir Grand Chancelier d’Angleterre. Ceci explique certainement le souci qu’il prête à son personnage dans sa description d’un système pénitentiaire idéal où la loi frapperait pour tuer le crime en conservant l’homme.
Raphaël Hythloday se lance ensuite dans une longue description de la République d’Utopie où il vécut cinq ans, organisée en communautés agraires entourant des cités dans lesquelles s’applique également le principe de la possession commune. Le but de l’organisation du travail est de fournir le nécessaire aux besoins collectifs et individuels. La durée en est limitée à 6 heures par jour pour laisser à chacun le temps de se cultiver. L’argent n’existe pas. La polygamie est proscrite mais pas l’euthanasie. Il présente ensuite avec précisions les différentes institutions, conçues pour empêcher tout risque de dérive tyrannique, le système judiciaire avec sa législation simplifiée. Si les Utopiens ont la guerre en horreur, ils la pratiquent pour délivrer du despotisme les peuples opprimés. L’esclavage est aussi pratiqué dans certaines circonstances. Il ne voit dans toutes les autres républiques que conspiration des riches pour abuser de la misère des pauvres. L’orgueil aveugle les hommes comme une résistance invisible à la conversion des peuples.

Thomas More compose là l’archétype du voyage extraordinaire, support à une littérature philosophique qu’imiteront Swift et Voltaire. En décrivant un monde imaginaire il dénonce en creux  mais avec violence, les injustices qu’il a relevées dans l’Angleterre féodale. Ne se limitant pas à une énumération de grands principes, il les justifie, développe leur mise en application jusque dans les cas particuliers. Toutes ces idées éveilleront, n’en doutons pas, bien des commentaires et réflexions. Répétons que ce texte est paru en 1516. Son audace vis à vis de l’Angleterre d’alors devrait en inspirer bien d’autres dans notre début de XXIème siècle.


L’UTOPIE
Thomas More
Traduit de l’anglais par Victor Stouvenel
130 pages – 2 euros.
Éditions Librio – Paris – septembre 1999
Première parution en latin en 1516, chez l’éditeur Thierry Martens de Louvain en Flandres.

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