26 août 2016

LANÇONS LA LIBERTÉ DANS LES COLONIES


Trois discours mis en perspective pour appréhender le long parcours de la prise en considération de l’esclavage dans l’histoire de la République Française.

La transcription de quelques échanges lors des débats de la Convention en février 1794, rend compte de l’euphorie fraternelle qui animait les législateurs. Pierre Dufay, colon et député de Saint-Domingue où le commissaire civil Sonthonax avait aboli l’esclavage en 1793, défend les Noirs calomniés par leurs oppresseurs faute de pouvoir les détruire. René Levasseur, député de la Sarthe, propose que tous les hommes soient libres sans distinction de couleur, en fidélité à la Déclaration des Droits de l’Homme. Danton, plus lyrique, proclame la Liberté Universelle. Une chronologie de l’histoire de la traite et de l’esclavage complète intelligemment ce document historique en soit peu argumenté. On retiendra notamment que Bonaparte rétabli l’esclavage et la traite dès 1802.

L’intervention de Léopold Sédar Senghor, député du Sénégal devant l’Assemblée Nationale, le 29 janvier 1957, dénonce les décrets d’application de la loi de 1956 qui doit régler les liens entre le France et les territoires d’outre-mer et définir une plus grande autonomie. Il leur reproche de chercher à « balkaniser » les fédérations africaines et d’opposer artificiellement les territoires tout en renforçant le centralisme de la métropole. Il propose au contraire de fédérer, c’est-à-dire de lier sans étouffer.


La députée de la Guyane Christiane Taubira annonce l’adoption par l’Assemblée Nationale de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme crime contre l’humanité. Elle précise qu’il ne s’agit ni d’une accusation (la culpabilité n’étant pas héréditaire) ni d’une repentance (le refus de l’injustice étant une valeur fondatrice de la République). Elle rappelle ce que fut l’esclavage depuis la « mission civilisatrice » légitimée par la prétendue malédiction de Cham, second fils de Noé, le Code Noir qui fut inscrit pendant deux siècles dans le droit français, le commerce triangulaire qui en dura quatre. 
Ce dernier texte est le seul à être publié dans son intégralité. Le défaut de cette collection est effectivement de frustrer la curiosité du lecteur en coupant certain passages qu’on peut supposer digressifs ou par trop contextualisés.
 Ce recueil regroupe tout de même des documents historiquement très intéressants pour comprendre l’évolution des mentalités face à l’esclavage.


LANÇONS LA LIBERTÉ DANS LES COLONIES
Discours de Danton et Dufay, 4 février 1794
Suivi de LA FRANCE EST UN ARBRE VIVANT
Discours de Léopold Sédar Senghor, 29 janvier 1957
Suivi de LA TRAITE ET L’ESCLAVAGE SONT UN CRIME CONTRE L’HUMANITÉ
Discours de Christiane Taubira, 18 février 1999
66 pages – 3,10 euros
Éditions Points Seuil – Paris – août 2009

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire