21 novembre 2016

MORT ACCIDENTELLE D’UN ANARCHISTE


Dario Fo avec sa verve et sa gouaille habituelles met en scène un fou talentueux qui va jeter la panique dans un commissariat où un anarchiste a été récemment « suicidé ».

Tout à tour psychiatre, juge, commissaire, évêque, avec brio et culot rare, il entraine les autres personnages dans sa folies, multipliant les quiproquos, les provocations appuyées par l’autorité conférée par ses rôles, son talent oratoire et son sens de la répartie diabolique. Énonçant des hypothèses complètement absurdes mais pas moins que les déclarations des protagonistes de l’interrogatoire fatal, au prétexte de les aider à se couvrir tout en leur soutirant des aveux, il ridiculise les versions officielles successives. Semant le doute, la discorde et l’inquiétude, il pousse les policiers au pugilat. Deux gradés seront même à deux doigts de se jeter par la fenêtre à leur tour, par crainte du déshonneur.

Dans cette « farce militante » Dario Fo mêle bouffonnerie et satire politique, commedia dell’arte et vaudeville. Dans ce délire complet et dévastateur, il s’autorise cependant une morale, affirmant que « le scandale est le meilleur antidote au pire des poisons, qui serait l’éveil de la conscience populaire. » L’indignation serait la soupape de sûreté pour éviter la révolte, le scandale, « l’engrais de la social-démocratie » ! Non content d’avoir mis à nu la vérité avec éclat, il conserve sa lucidité et concède que ce n’est, hélas, pas suffisant.
C’est profondément vivifiant, jusqu’au bout.



MORT ACCIDENTELLE D’UN ANARCHISTE
Dario Fo
Traduit de l’italien par Valeria Tasca et Toni Cecchinato
Préface d’Hubert Gignoux : « Une volée de colère et de rire »
Dans « Œuvres complètes » – tome 1 
290 pages – 20 euros
Éditions Dramaturgie – Paris – octobre 1997



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