24 novembre 2016

ASYLUM


À sa petite-fille venue lui rendre visite à la maison de retraite, Marina raconte les événements qui ont marqué à jamais sa jeunesse. Le jour du coup d’État franquiste, elle fêtait ses 15 ans et dû bientôt fuir son village basque bombardé, puis la ville d’Irun assiégée, avant de se retrouver chez une tante à Barcelone puis, à partir de 1939 dans un camp de concentration sur la plage d’Argelès-sur-mer. Son père parviendra à trouver au Venezuela un nouvel asile pour la famille. Ils y sont restés 40 ans avant de rentrer en Espagne. Elle lui parle de ses amies, de sa sœur, mortes sous les bombes.


Son récit est entrecoupé d’autres témoignages d’exilés fuyant les mariages forcés, la guerre, l’homophobie, l’exploitation sexuelle… L’alternance est subtilement signifiée par un choix de gamme de tons propres à chaque séquence. À travers les époques et les lieux, les situations présentent d’étranges similitudes. La brutalité des surveillants des frontières est partout la même. Parfois, certains ont toutefois des petits gestes de bienveillance… qui font souhaiter à leurs collègues de changer de coéquipier.

Lorsque le seul espoir réside dans la fuite, l’asile est souvent une prison et la peur une compagne obsédante. Pourtant Javier de Isusi a su trouver une réponse à la fatalité de tous ses drames avec une fin pleine d’humanité. Avec beaucoup de retenue, il réussit par ses choix de couleurs et une maitrise parfaite de l’aquarelle, à rendre l’émotion des témoignages. De même, il sait rompre l’agencement monotone et rigoureux de ses cases, avec parcimonie et uniquement lorsque cela est pertinent. C’est d’autant plus efficace.


 



















(Nous retirerons bien entendu cette double page à la demande de l’auteur où de l’éditeur)

La lecture de cet album marque profondément. Une fois le livre refermé, la violence de ces destins brisés rapportés avec beaucoup de justesse et de pudeur, ne nous quittera pas si facilement. En remplaçant des chiffres et des informations dont les médias nous abreuvent, par des visages et des histoires individuelles, Javier de Isusi a su rendre humainement perceptibles des drames devenus collectifs et abstraits. Le lecteur réagira sans doute comme la petite fille de Marina : sans lui donner aucunement de leçon, sa grand-mère lui permet de prendre conscience, tout simplement, et l’appartement de Bilbao qui était le prétexte de la visite est finalement le symbole de ce changement profond (sans vouloir trop en dévoiler).
Un livre à lire, à offrir, à prêter, à oublier sur un banc, à conseiller, à faire acheter par les bibliothèques,…


ASYLUM
Javier de Isusi
Traduction de Alejandra Carrasco Rahal
96 pages – 16 euros.
Éditions Rackham – Collection « Le Signe noir » – Paris – octobre 2016

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