6 mai 2017

LES SUPPLIANTS

C’est un chœur qui déclame sa longue supplication, récit essoufflant de son périple. Ces migrants racontent leurs peurs, « peur de devoir rentrer, (…) peur de devoir rester, peur de n’avoir pas le droit de rester ».

Leur parole est comme le flux et le reflux de la marée, métaphore de leur destinée collective. Les mots reviennent pour dire et redire la fatalité, les têtes coupées des parents, la mer qui dévore les « tartes aux hommes », les papiers que l’on n’obtiendra jamais.
Et puis, il y a cette fille de Boris Eltsine pour qui tout est si simple, puisque « l’Autricherie » l'accueille à bras ouverts. L’auteur joue
sans cesse avec ses références antiques comme l'annonce le titre de sa pièce, emprunté à Eschyle. Elle sera Europe, enlevée par Zeus métamorphosé en taureau.
Eux sont « une mer dans la mer », une « marée humaine », une inondation de flots de gens qu’il s’agit d’endiguer. Voilà « la solution à tous les problèmes » : les dissoudre « comme des soupes instantanées ».

Lecture pour le moins déroutante en raison de la forme brute de ce texte, non dialogué. Dénonciation violente du cynisme des politiques migratoires européennes. Nous sommes très curieux de découvrir ce texte mis en scène.




LES SUPPLIANTS
Elfriede Jelinek
Traduit de l’allemand par Magali Jourdan et Mathilde Sobottke
120 pages – 14 euros
Éditions L’Arche – Paris – janvier 2016

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