22 novembre 2017

PARLER DES RÉFUGIÉS AUX ENFANTS

Pas facile d’être juste et d’éviter les maladresses lorsqu’on aborde un sujet « délicat » dans un album jeunesse. Ne pas sous-estimer l’intelligence des enfants en leur servant des mièvreries insipides. Ne pas leur mentir, même par omission, sur le monde dans lequel ils vivent, sur le monde tel qu’on va leur laisser. S’en tenir à la facilité sera sans doute plus rentable.



BIENVENUS
Barrou
32 pages – 14 euros
Éditions Kaléïdoscope – Paris – Janvier 2017

Une bonne idée et de bonnes intentions ne suffisent sans doute pas.
Un morceau de banquise se détache emportant des ours blancs à la dérive. Lorsqu’ils approcheront des côtes pour chercher refuge, les singes leur refuseront les trouvant trop ceci-delà et le panda considérant qu’il n’y a pas assez de place chez lui. Les girafes ne les entendront même pas derrière leurs remparts. Une île déserte les accueillera finalement.
Au cas où la métaphore, plutôt maligne au demeurant, ne soit pas assez claire, la quatrième de couverture nous explique bien que « chaque jour, des enfants, des femmes et des hommes risquent leur vie pour se mettre à l'abri. Ils fuient les persécutions, la guerre, la famine… Que les causes soient politiques ou climatiques (réchauffement de la planète, dégradations environnementales), n'oublions jamais que l'asile est un droit constitutionnel. L'accueil des réfugiés est l'affaire de tous ! »
Qu’attendre d’un éditeur qui ne fait à ce point pas confiance à l’intelligence de ses lecteurs ? L’intention de l’auteur est en partie gâchée par cette explication de texte superflue. Et pourquoi prévenir les lecteurs et ne réserver ainsi cet album qu’aux seuls convaincus, puisque ainsi avertis les autres le reposeront sans même l’avoir ouvert ?
Le texte est plutôt indigent, la conscience critique totalement inexistante, la fin très discutable (N’est-on généreux qu’après avoir fait l’expérience du malheur ?) mais c’est toujours mieux que rien… pour un commencement.





DE LA TERRE À LA PLUIE
Christian Lagrange
32 pages – 13 euros
Éditions du Seuil – Paris – Janvier 2017

Si les sculptures sont magnifiques, leur intégration dans les dessins plus réussie dans la seconde partie, le récit elliptique un peu bancal mais assez juste, la fin est très critiquable.
Oui, « chaque seconde dans le monde, une famille quitte sa terre. Avec pour seul bagage, la force extraordinaire de vivre encore. » Mais est-ce suffisant de conclure que « chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière » ?





DEMAIN JE REVIENDRAI
Karine Épenoy et Séverine Blondel Salomon
24 pages – 10 euros
Éditions L’Atelier du poisson soluble – Le Puy-en-Velay – Mai 2013

C’est avec pudeur et beaucoup de simplicité qu’un migrant nous donne à lire ses notes, pensées griffonnées sur les pages d’un carnet maintenant déchirées. Intemporelles et universelles, toutes résonnent d’un criante actualité. Les mains, accrochées aux barbelés, menottées, tendues, dessinées en vis-à-vis, frappent plus que de longs discours. D’ailleurs, tout est dit. 

Une note discrète signale que le jury du concours « Litteratura jeunesse » 2008 a été désavoué par le Conseil général du Doubs qui a préféré l’annuler plutôt que d’assumer ce livre fort touchant « par crainte d’un procès d’intention et d’accusations de tentative d’instrumentalisation de la jeunesse par son institution ».
 




STEPPING STONES - A Refugee Family’s Journey
Margriet Ruurs et Nizar Ali Badr
32 pages – 20$
Orca Book Publishers – Victoria (Canada) – Octobre 2016

Sans doute un exemple de ce qu’on peut trouver de pire dans le genre. Écrivant sur les magnifiques compositions en galets de cet artiste syrien, elle enchaîne les clichés et les niaiseries les plus insupportables : une famille fuit sous les bombes, « toward a bright new future ». Ils seront accueillis dans pays au-delà des mers, par de nouveaux voisins « with open arms ». « They shared what They had. » Quelle chance ! D’ailleurs on les appelle désormais « the lucky ones ».
Comment peut-on mentir à ce point aux enfants sur la réalité du monde ? Preuve, s’il était encore nécessaire, qu’on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments.





AVEC TROIS BRINS DE LAINE (ON PEUT REFAIRE LE MONDE)Henriqueta Cristina et Yara Kono
36 pages – 13,50 euros
Éditions de l’éléphant – Paris – Février 2016
Initialement publié par Planeta Tangerina – Carcavelos (Portugal) – 2015

L’approche est très intelligente, décontextualisée : une famille fuit son pays du Sud par peur de la guerre, de la prison. Réfugiée au Nord, elle peine à s’acclimater au froid et surtout à l’uniformité qu’impose une sorte de planification quinquennale jusque dans les pulls des enfants qui sont invariablement rouges, verts ou gris. Le titre ne ment pas car la mère, virtuose du tricot, va les émailler pour amener un peu de fantaisie dans ce monde austère : rayures, losanges, carreaux tricolores qui vont émerveiller le voisinage et favoriser… l’intégration.

En toute fin d’album,  quelques lignes nous expliquent la véritable histoire de cette famille, pour l’anecdote. Mais le plus important a déjà été dit. Cette jolie allégorie permet d’aborder un sujet grave, sans même le nommer. Album très subtil comme on aimerait en découvrir plus souvent.
 



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