16 novembre 2017

KOBANE CALLING

Zerocalcare, auteur de BD italien, est parti en reportage au Kurdistan, côté turc, puis en Irak, en Syrie, à Kobane juste après sa libération notamment. Avec humour et naïveté, il raconte.
Peut-être faudra-t’il un temps au lecteur pour s’habituer à son ton très détaché et résolument oral. Ce parti pris a pourtant le mérite de poser beaucoup de questions (et d’y répondre), d’approcher le fond des choses sans la moindre prétention, sous couvert d’un grand sens de l’autodérision. Derrière d’apparentes simplifications c’est au contraire un exercice de justesse qu’il pratique.
Comme à ses potes, à la terrasse d’un café romain, il explique en effet l’histoire récente du Kurdistan, l’origine de la lutte et les principes théoriques de cette utopie concrète. On peut appeler cela de la vulgarisation et c’est vrai que cette approche peut populariser cette lutte auprès d’un public qui ne lira sans doute pas d’essai sur la « Commune du Rojava ». Alors, pourquoi pas ?

Cette confrontation à la pratique permet de découvrir et comprendre certains aspects du confédéralisme démocratique. Ainsi, lorsque l’auteur arrive à Kobane, il est surpris par le portrait de Bachar Al Assad sur un immeuble. Son guide lui explique que la cohabitation entre les communautés doit laisser chacune exprimer librement ses convictions. Des miliciens en armes montent la garde car chaque communauté doit assurer son auto-défense. Par contre, ils doivent laisser leurs armes avant d’aller dans d’autres quartiers. Plutôt que d’imposer des contraintes, les kurdes misent sur l’intelligence et espèrent les faire changer d’avis (au sujet d’Assad) en leur démontrant que vivre ensemble dans le respect, la paix et la fraternité est possible.

Ezel, leur guide, explique que cette région pourrait devenir très riche mais que ses habitants ne veulent pas fonder leur économie sur la vente du pétrole. Leurs commissions pensent à l’avenir et leur révolution se base sur l’écologie, sur une relation respectueuse avec la nature.
Nasrin, commandante d’une unité des YPJ explique qu’Erdogan veut gouverner tout seul mais qu’il doit « accepter la démocratie et la fraternité entre les peuples » sinon la Turquie va « droit dans le mur ». Elle parle aussi des formations : « Ici chacun doit apprendre avant tout à éliminer le mâle dominant qui est en lui et dans les autres, hommes et femmes. S’interroger sur les genres, remettre en question le rapport séculaire entre filles et garçons… c’est le fondement de la révolution. » Et l’on voit combien ces questionnements sont importants et la place des femmes dans la société plus seulement un vœux pieux dans un programme politique.

Zerocalcare est très impressionné : « Dans un contexte de guerre j’ai trouvé chez eux une décence, une intégrité et une humanité auxquelles je ne m’attendais pas. Y compris dans leur capacité à reconnaître leurs erreurs et à se remettre en question. » Son enthousiasme est contagieux : « Ce qu’ils font ici en ce moment, c’est un phare pour toute l’humanité, je trouve. Ça mérite d’être aidé, défendu, soutenu. S’ils perdent, on a tous perdu. »





KOBANE CALLING
Zerocalcare
Traduit de l’italien par Brune Seban
288 pages – 23 euros
Éditions Cambourakis – Paris – Septembre 2016




Pour en savoir plus, on pourra lire :

 




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