6 mars 2018

LA REVUE DESSINÉE#19

Nous avons retenu de ce nouveau numéro, une infiltration dans un abattoir, une présentation rétrospective du parcours de l’actuel dirigeant turc, l’étude d’un désert médical parmi d’autres et une visite de Beyrouth.

 

L’occultation totale du sort réservé aux animaux est la condition de la consommation de masse de viande. L’industrie de la viande applique si bien ce principe que les militants de la cause antispéciste (qui ne considèrent pas l’homme comme une espèce supérieure) doivent se faire embaucher pour rapporter des images volées de ce qui s’y passe. De la même façon, le journaliste Geoffrey Le Guilcher travaillera 40 jours dans un abattoir breton pour réaliser cette enquête, parue en 2017 sous le nom de « Steak machine » avant d’être adaptée ici en bande dessinée. Il nous fait découvrir la violence du travail à la chaîne, la brutalité d’un management plus soucieux de productivité que de la santé des employés. Il rappelle comment la ville-abattoir de Chicago a mis au point à la fin du XIXème siècle la division des tâches, inspirant Henry Ford qui l’appliqua pour l’assemblage des pièces automobiles. Ces conditions de travail seront dévoilées en 1906 par Upton Sinclair dans son roman-enquête « La Jungle » qui provoquera un scandale nationale suivi de quelques réformes. Le complément d’information revient sur l’association L214 et notamment ses méthodes d’activisme, directement inspirées par Henri Spira qui contraignait ses « cibles » à négocier sous la pression d’actions graduées. Travail d’infiltration fort édifiant.


Judith Chetrit a, pour sa part, enquêté sur les désert médicaux en se rendant dans la Sarthe, département qui a perdu 100 généralistes en 5 ans et dont 45% de ceux qui restent ont plus de 45 ans. Elle découvre les stratégies développées par les maires des communes rurales pour y remédier : construction de maison de santé (20 en 2008 en France, 910 en 2017 et 334 projets en cours), appel à un consultant qui va  démarcher les jeunes diplômés et les médecins étrangers (la Roumanie en a exporté 4254, la Belgique 1600), maison municipale de santé avec des médecins salariés,… État des lieux d’une crise qui ne fait que commencer.


Le dossier consacré à la Turquie et à son dirigeant, est très utile car peu de médias prennent le temps de remettre ainsi les événements en perspectives. En 1996, Recep Tayyip Erdogan, alors maire d’Istanbul avait pourtant prévenu : « La démocratie n’est pas un but, c’est un moyen. La démocratie est un tramway. Une fois arrivé au terminus, on descend. » Élu premier ministre en 2004, il lance des réformes cruciales pour favoriser l’adhésion du pays à l’Union européenne : abolition de la peine de mort, fin de la torture, suppression des tribunaux militaires,… Mais les négociations se heurtent au refus, principalement, de Merkel et Sarkozy. Au printemps 2013, deux ans après les « printemps arabes », la répression des opposants sur la place Taksim va soulever tout le pays. Le pouvoir vacille et réprime. Une enquête judiciaire révèle la corruption du régime. Le scandale menace Erdogan : dans un enregistrement diffusé sur Youtube on l’entend demander à son fils de faire disparaître des millions compromettants. Il fait interdire Youtube, dessaisir les magistrats, arrêter les policiers. Les terroristes de Daech multiplient les attentats mais les autorités laissent faire, jusqu’à l’explosion, en toute impunité, de kamikazes en plein meeting à Ankara, à trois semaines des élections, faisant 105 morts. Dès lors, la peur étouffe toute contestation. La tentative de push, dans des circonstances assez nébuleuses, permet à Erdogan de « nettoyer la nation », d’emprisonner tous ses adversaires. Avec ces quelques rappels, tout devient soudain plus clair.


Visite guidée de Beyrouth, notamment à bord d’un van dont le parcours quotidien suit l’ancienne ligne de démarcation entre l’est et l’ouest. Les discussions avec les passagers nous montrent, derrière les discours officiels sur le « vivre ensemble », une ville toujours morcelée par le poids du passé, fissurée en communautés méfiantes les unes des autres.


Point sur les labels bio dont les normes ont été assouplies et dont s’est emparé la grande distribution pour justifier des surcoûts allant jusqu’à 163%.




LA REVUE DESSINÉE#19
Collectif
228 pages – 15 euros
Éditions La Revue Dessinée – Paris – Printemps 2018




Les numéros précédents :

LA REVUE DESSINÉE#18

LA REVUE DESSINÉE#17

LA REVUE DESSINÉE#16

LA REVUE DESSINÉE – N°15

LA REVUE DESSINÉE #14

LA REVUE DESSINÉE #13

LA REVUE DESSINÉE #12

LA REVUE DESSINÉE #11

 

 

 

 

 

 

 

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