8 septembre 2020

CURSUS FIN DU MONDE

Apocalypse, tel est le thème d’une soirée déguisée organisée par deux étudiantes pour fêter la fin de l’année scolaire. À côté des inévitables zombies, un biologiste arrive, rongé par la peste bubonique qu’il suppose surgie de la fonte du permafrost, un autre en machine, avec « des poumons artificiels pour la pollution », résulta d’une fusion transhumaniste, un autre en lobbyiste de Monsanto.
Ainsi, un débat qui s’annonçait déprimant au demeurant, se déroule dans une ambiance décontractée et en général plutôt drôle, voire caustique. Il est permanent, jusqu’au pied du food truck au moment du ravitaillement. Les discussions à bâtons rompus s’enchaînent aussi vite que les margaritas. Mais le cynisme et le pessimisme des tenants des sciences dures, convaincus de la supposée « objectivité » de leurs résultats (alors qu’eux aussi doivent les « interpréter ») commencent à gâcher sérieusement la soirée. L’énergie et les réflexions de quelques uns, accompagné de l’optimisme des adeptes des sciences dites molles, va les pousser à fonder un collectif d’ « experts anti-fin du monde » : l’université parasite, et à s’engager dans l’expérimentation radicale.


La question de l’indépendance de la recherche est également soulevée, celle de la « dissonance cognitive » des chercheurs, préoccupés par leurs carrières et leurs financements, et surtout celle de l’obsession à avoir une influence sur le cours des choses, devenu une foi aveugle dans le solutionnisme technologique.


Si le débat au départ est forcément superficiel et part dans toutes les directions, ambiance soirée oblige, il soulève toutefois nombre de questionnements et débouche sur un engagement on ne peut plus concret et des plus enthousiasmants. Surtout lorsque l’on sait que ce projet est né d’une enquête réalisée à l’université de Poitiers, au cours d’une résidence d’artiste, et rapporte fidèlement et très habilement les réflexions des chercheurs et étudiants interrogés. On assiste sans doute au franchissement d’une nouvelle étape, après le surgissement du documentaire dans la bande dessinée, un nouveau dépassement des frontières. L’exposé est mis en scène et en bouche, avec beaucoup de crédibilité. C’est en quelque sorte l’abandon du format « cours magistral » pour une pédagogie impliquant tout le monde dans l’acquisition du savoir. La disruption de l’université a déjà commencé !



 


CURSUS FIN DU MONDE
Robin Cousin
88 pages – 12 euros
Éditions FLBLB – Poitiers – Août 2020
www.flblb.com




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