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18 août 2026

POUR MOURIR, TAPEZ 1

Avocate et maître de conférence à l’Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation inclusive, militante féministe et pour les droits des personnes handicapées, Elisa Rojas expose, en plein débat au Parlement et avant son adoption, ses inquiétudes et ses arguments vis-à-vis du projet de loi de légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Une critique ni religieuse, ni réactionnaire, mais antifasciste, portée par des personnes malades et handicapées (dont elle fait partie), directement concernées : « Il nous suffit d'écouter les débats parlementaires et les personnes valides qui s'expriment à son propos décrire avec effroi, dégoût et mépris nos réalités quotidiennes pour comprendre où se situe le danger et comment ce qui se présente comme une simple proposition de “choisir sa mort“ pourrait rapidement devenir pour nous une injonction à mourir. »

12 avril 2026

LOI DUPLOMB, LE DÉBAT CONFISQUÉ

Face aux dénis de science et de démocratie qui entourent la loi Duplomb, Philippe Grandcolas, écologue et directeur adjoint scientifique du CNRS, entend « rétablir la vérité et défendre vraiment les agriculteurs ». En effet, « des pesticides hypertoxiques aux mégabassines accaparatrices, en passant par les élevages géants, ses articles favorisent les grandes cultures et les fermes industrielles. Cette loi a été écrite pour les bénéfices de peu d'agriculteurs et certainement pas pour les paysans qui produisent ce que l'on souhaite trouver sur les étals des marchés de région, c'est-à-dire des produits frais, sains et locaux à des prix raisonnables ».

24 mars 2026

« ÉTAT DE DROIT », ORDRE BOURGEOIS

L’avocate Elsa Marcel constate et dénonce l’illusion de l’État de droit. Pour conjurer l’impuissance des stratégies judiciaires défensives, elle invite à renouer avec la « défense politique », tradition interrompue avec l'offensive néolibérale des années 1980 et le mitterrandisme, dont elle retrace l’histoire.

16 novembre 2025

DU DROIT DE DÉAMBULER

Sous le double effet de son aménagement physique et de la loi, le territoire se ferme depuis qu’une interdiction du droit de vagabonder et de subsister a été progressivement mise en place à partir du XIVe siècle. Considérant qu’il est vital, autant pour les humains que pour les autres êtres vivants, de « retrouver un monde poreux et traversable », Sarah Vanuxem propose « une refonte écologique du système juridique occidental moderne » à partir du droit d’arpenter la terre.

13 juin 2025

NATION

Bien que l’idée de nation paraisse évidente, elle s’avère en réalité « mouvante » tant sur le plan administratif et géographique (les frontières ont pu changer au cours de l’histoire) que sur celui des symboles et des imaginaires politiques ou culturels (peut-elle vraiment se définir par le fait d’avoir une seule langue ou une seule religion ?). La sociologue Sarah Mazouz, constatant cette labilité, pourfend la conception nationaliste qui rêve de nations « intemporelles et immuables » et qui défend une notion « univoque et essentialisée de l’appartenance », oubliant les inégalités qui continuent de structurer les sociétés. Elle se penche également aux politiques de nationalité et à leur présupposés.

17 mai 2025

CONSTITUTION

Alors que depuis la dissolution de juin 2024, la Constitution (ré)apparaît comme un enjeu central dans une bataille interprétative, Eugénie Mérieau, juriste constitutionnaliste, revient sur ce texte supposé normatif et ses (mes)usages. « Le droit constitutionnel, c'est l'ensemble des liens qui retiennent Ulysse attaché à son mât, au moment où emporté par l’hubris il ne répond plus de rien, ni de lui ni de son vaisseau ni de ses hommes, et succombe en médiocre mortel à la tentation du tragique. » 

12 décembre 2024

GEOPOLITIQUE DE L’ÉTAT D’EXCEPTION

Alors que l’état d’exception, c’est-à-dire « l'exception au principe de l’État de droit », semble s’imposer comme la réponse « technique » à tous les défis (terrorisme, pandémies, crises de la démocratie représentative,…), Eugénie Mérieau en propose une analyse historique, juridique et géopolitique.

5 décembre 2024

LES DROITS DE LA TERRE-MÈRE

En 2008, la nouvelle Constitution de l’Équateur, adoptée par référendum, proclame les « droits de la nature ». Alfredo Gomez-Muller revient sur deux notions introduites à cette occasion : « Pacha Mama » et « sumak kawsay » (souvent traduit par buen vivir).

6 octobre 2023

LAÏCITÉ

Invoquée à tout va, le terme « laïcité » est « comme essoré par le débat public ». Stéphanie Hennette Vauchez, professeur de droit public à l’Université Paris Nanterre revient sur ce principe utilisé pour réguler les rapports entre l’État et les cultes aux XIXe et XXe siècles, avant d’être invoqué à propos des conduites individuelles ou collectives. Elle propose une analyse juridique de cette mutation et pointe la non-neutralité et le potentiel discriminatoire de cette nouvelle laïcité.

21 septembre 2023

ÉTRANGER

Après avoir rapidement rappelé l’évolution du concept d’étranger avant l’apparition des États-nations, Karine Parrot, professeur de droit à l'Université de Cergy, montre que cette catégorie, loin d’être naturelle, est soumise à un régime spécial et arbitraire plus ou moins sévère et cruel suivant les besoins de l'économie et les considérations politiques du moment, par un droit ségrégationniste et un racisme systémique de l'État et de ses institutions, pour satisfaire le marché du travail et organiser la sélection des candidat·es suivant leur origine.

20 avril 2023

LA TRUIE, LE JUGE ET L’AVOCAT

Une truie, accusée d’avoir provoqué la mort d’un notable, va être traduite en justice. Alors que s’ouvre son procès, un avocat se présente pour assurer sa défense, en place du plaideur de la ville mystérieusement absent.

15 octobre 2021

ANTHROPOLOGIE ET ANARCHIE DANS LES SOCIÉTÉS POLYCÉPHALES

Thom Holterman, docteur en droit, analyse les sociétés égalitaires d’hier et d’aujourd’hui à partir des travaux de différents anthropologues, principalement l’Allemand Hermann Amborn, mais aussi Marcel Mauss, Marshall Sahlins, Pierre Clastres, David Graeber. Non seulement leurs rapports sociaux basés sur l’égalité et la participation de tous et toutes aux affaires de la cité, sont souvent semblables aux principes de l’anarchisme, mais ces sociétés sont surtout des exemples vivants (ou disparus mais ayant existés) de la mise en pratique (même si elles n’y font pas explicitement référence) de ceux-ci.

16 juin 2021

L’ANARCHIE – POUR AINSI DIRE

Dans le monde antique, aussi bien en Chine, en Grèce qu’en Inde, la philosophie était presque exclusivement écrite sous forme de dialogue : la pensée était supposée collective ou « dyadique » et le but de la philosophie était de se cultiver jusqu’à ce que la conscience individuelle soit possible. Si la pensée chrétienne s’était déjà éloignée du dialogue, c’est Descartes qui introduit la césure, renversant entièrement la procédure en commençant par l’individu conscient de soi, puis se demandant comment celui-ci peut établir une communication avec autrui. Une grande partie de la pratique anarchiste repose sur le principe dialogique : « On prête une grande attention à prendre des décisions pragmatiques et coopératives avec des gens qui ont des visions du monde fondamentalement différentes, sans essayer de les convertir à un point de vue particulier. » Cette proposition de discussion avec Mehdi Belhaj Kacem, Nika Dubrovsky et Assia Turquier-Zauberman, ne pouvait donc que ravir David Graeber. Ensemble, ils questionnent l’anarchie dans la sphère du politique.

10 mai 2021

ESSAI SUR LE DON - Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques

« Quelle est la règle de droit et d’intérêt qui, dans les sociétés de type arriéré ou archaïque, fait que le présent reçu est obligatoirement rendu ? Quelle force y a-t-il dans la chose qu'on donne qui fait que le donataire la rend ? » Considéré comme le fondateur de l’anthropologie française, Marcel Mauss (1872-1950) étudie, dans les aires polynésienne, mélanésienne et du Nord-Ouest américain, ce qu’il nomme un « système de prestations totales » : des collectivités, personnes morales, clans, tribus familles, s’obligent mutuellement, échangent des biens et des richesses, des meubles et des immeubles, mais aussi des politesses, des festins, des rites, des services militaires, des femmes et des enfants, des danses, des fêtes et des foires, et contractent. « Ces prestations et contre-prestations s'engagent sous une forme plutôt volontaire, par des présents, des cadeaux, bien qu'elles soient au fond rigoureusement obligatoires, à peine de guerre privée ou publique. »

18 avril 2021

LE CHOIX DE LA GUERRE CIVILE

Dès ses origines, le néolibéralisme a fait le choix de « la guerre civile contre l'égalité au nom de la “liberté“ » en vue de réaliser le projet d’une pure société de marché, prenant des formes diverses, selon les circonstances, pour écraser ses ennemis : se dotant des moyens de la coercition militaire et policière ou se confondant avec l’exercice du pouvoir gouvernemental et se menant par le droit et la loi. « Relire le néolibéralisme sous l'angle de la rationalité stratégique et de la violence qui lui est intrinsèque, c'est remettre en question son interprétation théorique comme ensemble de doctrines ou positions purement idéologiques, et c'est par conséquent analyser le terrain sur lequel il se déploie et qui n'est autre que celui d'une lutte sociale et politique pour imposer sa domination. »

31 mars 2021

LA VIOLENCE : OUI OU NON

En 1987, parait un entretien de Günther Anders avec Manfred Bissinger, dans lequel il reconnaît que, suite à l’accident de Tchernobyl, et bien que vu comme un pacifiste, il en est arrivé à « la conviction qu’on ne peut plus rien atteindre avec la non-violence ». « Nous sommes donc dans un “état d’urgence“. Tous les livres de droit, même ceux de droit canonique, non seulement autorisent la violence mais l'encouragent face à état d’urgence. »

3 février 2021

ENVIRONNEMENT

Entre le déni et le catastrophisme excessif vis à vis des phénomènes qui modifient et déséquilibrent profondément notre environnement, Laurent Fontbaustier, professeur de droit public à l’Université Paris-Saclay, propose une approche juridique et éthique de celui-ci, dans le cadre d’une « démocratie écologique prenant appui sur une conception repensée, inclusive et pacifiée, de nos relations avec la Nature ».

17 décembre 2020

LES ARBRES DOIVENT-ILS POUVOIR PLAIDER ?

Dans un article publié en 1972, le jeune juriste Christopher Stone proposa d’accorder des droits à l’environnement naturel, ouvrant la voie au primat de leur préservation sur le pur calcul économique.

13 septembre 2020

LA PART COMMUNE - Critique de la propriété privée

Après avoir éclairé la naissance théorique de la propriété privée par l’exposition des fondements historiques de l’approche propriétaire et débusqué les incohérences de celle-ci, Pierre Crétois déconstruit la vision hégémonique de la propriété privée comme élément fondateur de nos sociétés en droit naturel le plus crucial. Il essaye de dégager une conception originale et novatrice des règles de propriété et démontre qu’il y a toujours une part commune dans ce qui est à chacun.