19 mars 2017

LES SPARTAKISTES : 1918, L’ALLEMAGNE EN RÉVOLUTION

Novembre 1918, la défaite de l’Allemagne jusqu’alors inenvisageable se révèle brusquement inévitable. Aussi, lorsque les marins de Kiel se soulèvent pour s’opposer aux jusqu’au-boutistes, face à la déliquescence du pouvoir, c’est le pays entier qui s’embrase.
 
Le 4 août 1914, ignorant les résolutions de l’Internationale, les sociaux-démocrates allemands (S.P.D.) avaient renoncé à la grève générale et voté l’entrée en guerre que proposait le gouvernement. L’aile gauche du Parti, minoritaire, fut expulsée et fonda le parti social-démocrate indépendant (l’U.S.P.D.). Les Spartakistes y adhéraient.
Gilbert Badia, s’appuyant sur de nombreuses déclarations et documents, rend compte au jour le jour de l’évolution des rapports de force. Si les conservateurs confient d’abord le gouvernement aux Majoritaires du S.P.D. dans l’espoir de conserver le contrôle sur les évènements, d’empêcher une contamination de la Révolution russe et d’exempter l’armée de la responsabilité de la défaite et de l’armistice, de vives tensions apparaissent rapidement avec les Indépendants. Les Spartakistes font paraître à partir du 9 novembre, Die Rote Fahne, dans lequel ils vont inciter à la création de Conseils d’ouvriers et de soldats, pousser à la révolution sociale et l’organiser. Garde rouge ou restauration de la hiérarchie dans l’armée, socialisation ou statu quo, assemblée nationale ou Conseils, les sujets de désaccord ne manquent pas.
Le 30 décembre, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg fondent le Parti communiste allemand (K.P.D.) avec la mention « Ligue Spartakiste » (Spartakusbund).
Le gouvernement va multiplier les provocations pour susciter des réactions et justifier ainsi la répression. C’est la réaction populaire spontanée qui fera échouer l’attaque du Château de Marstall, à Berlin, le 23 décembre dans lequel s’était retranchée la Division populaire de la Marine, érigée comme initiatrice et gardienne de la révolution. Les grèves se multiplient pour réclamer de meilleurs salaires. Face à la radicalisation des masses, une campagne de haine anti-spartakistes est déclenchée. Le 11 janvier, les troupes entrent dans Berlin et massacrent les ouvriers, écrasent « le joug terroriste ». Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont assassinés le 15 janvier 1919.

L’attitude du parti social-démocrate, désormais souillé de sang et prisonnier de son alliance avec les officiers qui n’ont rien renié de leurs convictions, prépare le terrain à l’avènement du national-socialisme. À la veille de sa mort, Rosa Luxemburg signait un dernier article dans Die Rote Fahne, dans lequel elle comparait les évènements en cours à « l’ivresse de la meute des partisans de l’ « ordre », la bacchanale de la bourgeoisie parisienne dansant sur les cadavres des combattants de la Commune, cette bourgeoisie qui venait de capituler lâchement devant les Prussiens et de livrer la capitale à l’ennemi extérieur après avoir levé le pied. »

Étude historique extrêmement rigoureuse et documentée sur une période peu évoquée. Analyse minutieuse des circonstances et des causes de cette révolution ainsi que des raisons de son échec.




LES SPARTAKISTES : 1918, L’ALLEMAGNE EN RÉVOLUTION
Gilbert Badia
342 pages - 10 euros
Éditions Aden - Bruxelles - septembre 2008

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