2 septembre 2026

L’ART DANS L’OMBRE DE LA MAISON BRUNE

Face à la montée du nazisme et du fascisme, René Crevel (1900-1935) publie ces trois textes en 1935, pour interroger le rôle de l’artiste. Suite à son voyage à Munich, pendant l’été 1934, où il visite notamment la Nouvelle Pinacothèque vidée de ses chefs-d’œuvre, remplacés par des objets de propagande, il réalise un état des lieux de la situation artistique dans l’État nazi : un art mis au service de la mort, de la guerre et de la destruction.

Il prévient d’emblée que « se prétendre neutre équivaut à tolérer, donc, dans l'état présent des choses, à se faire complice des exploiteurs contre les exploités. » Puis, il explique que l’hitlérisme souhaite imposer « le retour au folklore édulcoré », ne proposant plus que des pastorales en guise de théâtre. Le poète et dramaturge allemand, officier SS, Hanns Josht a d’ailleurs écrit : « Quand j'entends le mot de culture je tire mon revolver. » Et Eugen Hadamovsky, qui dirige des émissions de radio du troisième Reich, prévient qu'après des siècles de liberté artistique, « l'ère de l'indiscipline est révolue ». Crevel décrit ensuite ce qu’il a découvert dans les musées lors de son voyage, constatant que « c'est dans le passé que le fascisme va toujours chercher les accessoires de son cotillon sinistre. » « En face de ce qui se crispe, argue de nouvelles traditions pour mieux se défendre d'inventer et se retenir aux branches mortes, comment ne pas répéter la phrase si souvent et jamais assez citée d’Héraclite : “L’on ne se baigne jamais deux fois de suite dans le même fleuve…“ et le fleuve ne baigne jamais deux fois de suite le même “on“. Voilà pourquoi les baigneurs qui se sentent fondre et tomber en morceaux recherchent les fontaines pétrifiantes. »

Puis, dans son Discours aux peintres, il tourne son regard vers l’Italie et s’en prend aux Futuristes. « Détruire et nier ont été les mots d'ordre de toutes les écoles d'avant-garde, contre la bourgeoisie. Il importe souvent de savoir aller à rebours, à condition toutefois que cet “à rebours“ ne devienne jamais un “à reculons“, comme ce fut sinistrement le cas pour Huysmans. »

Dans le troisième article, René Crevel explique, exemples à l’appui, que « les Rousseau du XXe siècle préfèrent la palette à l'encrier ».

Témoignage intéressant et analyse documentée, abondamment enrichis par un appareil critique qui permet d’en appréhender tout l’intérêt. Beau travail éditorial des éditions de la Variation

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
 

L’ART DANS L’OMBRE DE LA MAISON BRUNE
René Crevel
Préfacé et annoté par Manuel Esposito  ​​
120 pages – 8 euros
Éditions de la Variation – Collection « (dis)continuité(s) » – Paris – Juin 2026
www.editionsdelavariation.com/l-art-dans-l-ombre-de-la-maison-brune-rene-crevel-la-variation



Voir aussi :

ÉCRIRE CONTRE LE FASCISME de Bertold Brecht

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