22 avril 2019

NOTRE-DAME-DES-LANDES OU LE MÉTIER DE VIVRE

Des étudiants du master « alternatives urbaines » du lycée Chérioux de Vitry-sur-Seine, proposant d’explorer « des manières délicates d’habiter la surface de la Terre qui prennent au sérieux le réchauffement climatique en cours et ses conséquences », se sont rendus sur la Zad de Notre-Dame des Landes pour réaliser des relevés puis des dessins de ces « constructions édifiées  sans architecte ni charpentier », cabanes qui « déployaient des écritures poético-pratiques inouïes et suggéraient des manières de vivre totalement inattendues ». Avec les photographies de Cyrille Weiner et une poignée de textes de présentation, ils constituent cet ouvrage.

Christophe Laurens revient sur cette « aventure pédagogique, architecturale et éditoriale ». Il explique qu'il s’agissait de « saisir l’écologie habitante de ce territoire par la matérialité de ses constructions », de rendre compte de « la très grande porosité intérieur et extérieur », de « montrer comment chaque ensemble de cabanes avait composé avec son milieu ». « Aujourd’hui, après de trop nombreuses confirmations scientifiques des bouleversements climatiques en cours, les habitants de la ZAD de Notre-Dame des Landes sont peut-être en train de traduire la tentative individuelle de Thoreau en une expérience collective et de lui offrir ainsi une dimension politique organisatrice. »

L’architecte Patrick Bouchain qui a réalisé le théâtre Zingaro, la transformation des usines LU à Nantes, le musée des Arts Modestes à Sète, dans un entretien avec Jade Lindgaard, présente la ZAD de Notre-Dame-des-Landes comme « laboratoire en vraie grandeur d’une nouvelle répartition des échelles de pouvoir », « amorce d’une autre forme de gestion communale », « laboratoire rural contemporain » d’une autre façon d’aménager le territoire, « regard critique sur la façon dont on a abîmé les villages traditionnels par des règles urbaines mal faites ». Alors que la France célèbre les start-up, il propose de reconnaitre la Zad comme l’une d’elle, d’initiative privée mais pour l’intérêt général, de laisser ses habitants inventer un autre mode de vie, basé sur une activité sociale moins aliénante que le travail. « Ils ont révélé la bonne échelle. Le micro fait partie du macro. Et ce micro territorial est vivable. C’est en cela que je trouve invraisemblable qu’on n’ait pas envie de regarder l’économie que ça produit pour les réseaux, et l’entretien du paysage. »

Une poignée de cabanes sont donc présentées ensuite, sous tous les angles. Exceptionnellement ces dessins ne sont pas préparatoires à une construction mais destinés à conserver la mémoire de ces lieux.
Un ancien corps de ferme abrite l’université populaire anarchiste du Haut-Fay, lieu collectif destiné à partager les idées et les savoir-faire librement. « L’organisation en étoile avec le commun comme centre est significative de ce qu’est un collectif : un commun qui permet à des individualités de se cultiver et des individualités qui permettent de cultiver le commun. »
La Riotière est une cabane entièrement tournée vers l’agriculture, lieu important pour l’autonomie alimentaire collective.
Le Maquis, ensemble de deux cabanes et d’un sleeping destiné à accueillir les gens de passage, est significatif de la notion de droit propre à la Zad, puisque seuls ses habitants sont légitimes à l’occuper, sans référence à aucun titre de propriété.
La Baraka est habitée par un couple, sans espace collectif, ce qui ne les empêche pas de participer à des chantiers.




La Noue non plus, dissimulée dans la forêt, avec des allures de nid,  permet d’enseigner aux nouveaux arrivants « l’art de prendre le temps de faire ».
Le Phare est entièrement construit autour d’un arbre. « Le respect des éléments naturels prend la forme d’une construction non pas sur, mais avec le vivant. » Le nid de frelons a d’ailleurs été laissé sous le lit du constructeur.
Le Cabaret est camouflé derrière une végétation de broussaille et le chemin qui y conduit plonge dans une marche initiatique qui ouvre l’esprit et le prépare à recevoir le spectacle.
La Cabane sur l’eau , flottante et amarrée à quatre pieux plantés au fond de l’étang, est propice à l’isolement pour les amoureux et les méditations.


Cette somme représente non seulement une caution scientifique importante, notamment pour répondre aux nombreux clichés colportés sur la Zad et ses occupants, mais constitue surtout une contribution essentielle à la conservation de la mémoire de ces expérimentations afin qu’elles inspirent d’autres luttes sur d’autres territoires.




NOTRE-DAME-DES-LANDES OU LE MÉTIER DE VIVRE
DSAA Alternatives Urbaines avec Cyrille Weiner, Patrick Bouchain, Jade Lindgaard, Christophe Laurens
226 pages – 32 euros
Éditions Loco – Paris – Octobre 2018
http://editionsloco.com/





Voir aussi la contribution de Patrick Bouchain à ÉLOGES DES MAUVAISES HERBES - Ce que nous devons à la ZAD

Sur le même sujet :

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