19 octobre 2017

EMILIANO ZAPATA


Zapata, chef de la rébellion des paysans du Sud du Mexique, ne s’est jamais battu pour le pouvoir mais pour l’application sans concession d’une réforme agraire.
 
L’État de Morelos, comme les autres régions du Mexique, est dominé depuis le XVIème siècle par les grands propriétaires qui harcèlent les villages, leurs avocats qui enlèvent sournoisement les terres, les bois et l’eau à leurs légitimes usagers villageois plus faibles, leurs régisseurs qui battent et escroquent les travailleurs agricoles. Les gouvernements locaux et fédéraux étaient ouvertement au service des intérêts économiques et politiques des planteurs.
En 1906, les dix-sept propriétaires des trente-six principales haciendas de l’État de Morelos possédaient plus de 25% de sa surface totale, la plus grande partie de ses terres cultivables, la presque totalité des bonnes terres.


Longtemps, Zapata resta allié et fidèle à Madero jusqu’à ce que celui-ci accède à la présidence du pays, confiant en sa parole de rendre les terres accaparées par les haciendas aux paysans. Ceux-ci devinrent réellement « zapatistes » avec la répression du gouverneur de l’État. Et Zapata comprit rapidement que la révolution serait politique mais pas sociale. Le 15 décembre 1911, il publie son plan de Ayala qui sera son unique objectif dans toutes les négociations pendant les années suivantes.

Robles, le nouveau commandant militaire de l’État de Morelos, entreprit une « recolonisation » brutale, incendiant les villages rebelles.
Le coup d’état de Huerta et l’assassinat de Madero accélérèrent la diffusion du plan de Ayala au niveau national et l’adhésion des groupes locaux à ses exigences agraires. La coalition révolutionnaire autour de Zapata devint bientôt si impressionnante que même les garnisons fédérales désertaient pour s’y incorporer. Il avait compris que la sécurité des paysans et l’application de ses réformes dépendraient plus de son influence nationale que de la bonne volonté de l’exécutif fédéral. Nous n’entrerons cependant pas ici dans les détails de la longue révolution mexicaine, comme le fait avec infiniment de précision, l’auteur. 


L’armée révolutionnaire qui prit naissance dans l’État de Morelos en 1913 et 1914 était simplement la ligue armée des municipalités de l’état. Elle imposa la réforme agraire qui renforça l’autorité des villages et leur contrôle de la propriété agricole. Cette libre association de clans ruraux était un idéal ancien, modèle de la vie des villageois bien avant l’arrivée des Espagnols. Chaque village était libre de garder sa terre sous le régime de la propriété communale et de distribuer les droits de culture aux villageois, ou de partager la propriété entre petits particuliers. 

Tandis qu’à Mexico on était au bord de la famine, dans l’État de Morelos le peuple était bien nourri et les prix réel des denrées plus bas qu’en 1910.
Zapata abolit le contrôle fédéral et celui de l’État de Morelos sur les conseils municipaux, et imposa les élections directes y compris pour les décisions les plus importantes de la vie communale, pour empêcher l’établissement de nouveaux despotisme.


L’origine et l’enfance de Zapata sont complètement éludée, l’auteur se concentrant uniquement sur sa « carrière » de leader rebelle. Il décrit avec une extrême précision les jeux d’alliance, les mouvements de troupes pendant ces années de conflits, qu’il serait fastidieux de rapporter. Il en ressort que Zapata fut animé par une motivation principale : la nécessité de la réforme agraire, de rendre aux paysans leurs terres volées par les grands propriétaires. La violence n’était pour lui pas un moyen. Le pouvoir pour lui même ne l’a jamais intéressé, à tel point qu’il l’a refusé en 1914 après être entré victorieux à Mexico. Obsédé par la volonté de rester fidèle à ses principes, il ne trahit aucune promesse, dût cette droiture lui coûter la vie.
Cette intransigeance contribua pour beaucoup à sa légende. Le poids du mythe ne cessa de grandir jusqu’à aujourd’hui où, au Chiapas, on se réclame encore du zapatisme.



EMILIANO ZAPATA
John Womack
Traduit de l’américain par Frédéric Illouz
548 pages – 165 francs
Éditions La Découverte – Paris – Mars 1997
560 pages – 14,90 euros
Éditions La Découverte – Collection poche – Paris – Juin 2008
Publié en 1976 aux Éditions Maspero

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