9 octobre 2020

5G MON AMOUR - Enquête sur la face cachée des réseaux mobiles

Par qui et comment sont établies les normes ? Quels sont les liens entre les opérateurs téléphoniques, les médias et les gouvernements ? Quels sont les effets des ondes électromagnétiques sur la santé humaine et le vivant ? Autant de questions que Nicolas Bérard, journaliste à L’âge de faire, prend le temps de se poser et d’en trouver les réponses, avant que tous nos objets du quotidien ne soient connectés avec le déploiement de la 5G.


Lobby des ondes : l’escroquerie des normes.
Les décisions politiques servent avant tout à afficher une bonne volonté. Ainsi l’objectif de réduire en dix ans l’usage des pesticides a été décidé en 2007 par le gouvernement Fillion, à l’issue du Grenelle de l’environnement, reconduit en 2015 par le gouvernement Valls, puis par le gouvernement Philippe en 2017, avec d’impressionnants résultats puisque leur utilisation augmenta de 24% l’année suivante. En effet, les lobbies veillent. Ceux de l’industrie du tabac, qui n’est plus à présenter, de la chasse ou du nucléaire, utilisent tous les mêmes méthodes. « Il s’agit de préparer l’opinion publique d’un côté et ses représentant-es politiques de l’autre afin d’avoir le champ libre pour innover sans entraves et faire un maximum de profits, sans avoir à se préoccuper des conséquences sociales, écologiques et sanitaires de leurs stratégies. » En 1994, alors que la France comptait moins de 300 000 mobiles (contre plus de 75 millions en 2019), la Fédération des industries électriques et électroniques (FIEE), premier lobby organisé du secteur, a défini « une stratégie pour faire face aux mouvements d’opinion relatifs aux effets sur le corps humain des rayonnements électromagnétiques », selon le compte rendu d’une de leur réunion. Il s’agissait d’organiser la riposte contre les alertes sanitaires qui pourraient être « dommageables sur le plan commercial ». Si les industriels n’ignorent pas que de sérieux doutes existent sur l’innocuité de ces rayonnements, le cancer est une affection multifacteur et il est impossible d’isoler leur seul effet. « Il ne s’agit pas de créer un cadre d’expérimentation objectif, mais d’en créer un qui puisse être considéré comme tel par les médias et les politiques. Il ne faut pas chercher la vérité, mais affirmer l’innocuité des ondes, en avançant des arguments qui ont au moins l’air crédible, même s’ils ne le sont pas réellement. » Nicolas Bérard revient à l’origine des « relations publiques », mises au point par Edward Bernays (1891-1995), au moment de la Première Guerre mondiale, comme il le raconte dans son ouvrage
PROPAGANDA - Comment manipuler l’opinion publique. Plus tard, dans les années 1950, John W. Hill (1890-1977) mit sur pied la notion de « manufacture du doute » à l’attention des fabricants de tabac, prétextant des controverses scientifiques.
L’International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection (ICNIRP), créée en 1965, a réalisé des recherches à des fins médicales ou industrielles, largement financé par l’industrie nucléaire, et proposé ses services à l’OMS pour l’ « aider » à fixer des normes en matière de champs électromagnétiques. L’auteur rappelle les multiples liens, notamment financiers, entre ses experts et les entreprises de téléphonie. Les normes fixées sont établies pour « protéger le public contre les effets nocifs, avérés pour la santé ». Avérés, c’est-à-dire immédiats et constatables, comme les brûlures ou l’élévation de températures des tissus sous l’effet de l’absorption d’énergie, et aucunement les effets cancérogènes à long terme. Le taux maximal a toutefois été fixé à 41 V/m, soit dix fois en-dessous du taux auquel sont censés apparaître les effets thermiques. Outre, la puissance et la fréquence d’une onde, sa chronicité peut également être nocive. Ainsi, les Soviétiques avaient bombardé d’ondes électromagnétiques l’Ambassade des États-Unis à Moscou en permanence pendant dix ans : deux ambassadeurs ont succombé de cancers et un tiers du personnel fut malade. Sur la base d’études indépendantes, l’OMS a classé les ondes basses et extrêmement basses fréquence émises par les lignes à haute et très haute tension comme cancérigènes possible en 2002, puis les radiofréquences émises par les téléphones portables et le wi-fi, en 2011. BioInitiative a réalisé une méta-analyse s’appuyant sur 1800 études, et conclut que « les champs électromagnétiques à hyperfréquences pulsés (soit ceux émis par les téléphones portables, les antennes relais, les systèmes wi-fi, etc) sont dangereux pour la santé (stress cellulaire, modification de l’ADN, maladie d’Alzheimer, cancers…). L’utilisation d’un téléphone mobile pendant dix ans augmente le risque d’un neurinome acoustique (tumeur du nerf auditif) de 30 à 240%, selon s’il est utilisé des deux côtés ou d’un seul. En France, le décret adoptant les normes établies par l’ICNIRP qui couvrent juridiquement l’industrie en laissant croire qu’elles sont protectrices, a été publié entre les deux tours des élections présidentielles de 2002.

Des structures de contrôle dociles et noyautées.
L’auteur montre ensuite, exemples à l’appui, comment l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement (AFSSE) émet des rapports rassurants, voire complaisants, en minimisant ou niant certains dangers pourtant constatés par des études. Sans trop d’efforts, il met en évidence le manque d’indépendance des experts de cette institution, d’autant que son président lui-même reconnait qu’elle est sous influence des lobbies, pourtant ses rapports continuent d’être cités comme des références.
Si certains maires sont parvenus à faire interdire l’implantation d’antenne-relais dans certaines conditions, près des écoles par exemple, les géants de la téléphonie ont déposé des recours devant le Conseil d’État et obtenu que seules l’Autorité de régulation des communications électroniques des postes (ARCEP) et l’Agence nationale des fréquences (ANFR) puissent déterminer les modalités d’implantation. « Les opérateurs n’ont même plus de permis de construire à demander, mais juste à déposer en mairie un dossier de déclaration préalable. » De même ils sont parvenus à ce que les contestations citoyennes soient traitées par les tribunaux administratifs, qui ne font jamais valoir le principe de précaution, au contraire des tribunaux judiciaires, nécessitant désormais de trouver une faille sur le terrain de l’urbanisme, sans plus pouvoir évoquer les raisons sanitaires.
Si le gouvernement assure qu’il n’y a pas de risque, il a tout de même créé un très discret site internet qui donne six règles élémentaires d’utilisation des téléphones portables pour… limiter les risques sanitaires ! L’ANFR réalise régulièrement des mesures d’exposition sur différents points du territoire. Selon elle, les normes sont toujours respectées. Pourtant, le Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques non ionisants (Criirem) qui refait ces études, a trouvé des résultats très nettement différents. De même, en 2016, nous apprenions que neuf téléphones sur dix dépassaient les valeurs limites d’émission parce que le protocole de l’ANFR suivait les recommandations des manuels d’utilisation qui pouvaient, par exemple, recommander de respecter une distance de 15 mm. En ne tenant pas compte des conditions réelles d’utilisation, elle ne pouvait que constater que tous les appareils respectaient les réglementations. Ces homologations n’ont toutefois pas été remises en cause.

Le Smart World, projet de société du lobby des ondes.

Sans aucune consultation, le lobby des ondes met en place le monde de demain, « un monde hyperconnecté, dans lequel les ondes satureront l’environnement », dans la continuité de l’installation forcée des compteurs Linky. Le collectif grenoblois Pièces et main-d’oeuvre explique que le projet de smart world et des smart cities, consiste à « éliminer l’humain de la prise de décision, individuelle ou collective, en le remplaçant par le pilotage centralisé et automatisé de la vie urbaine, dans laquelle nous sommes traités comme des flux et des stocks ». D’ici 2030, cent billions (soit 100 000 milliards) de capteurs devraient mailler l’environnement humain… pour que les frigos puissent commander et faire livrer nos courses ! Les besoins en électricité seront démultipliés. « Remplacer les voitures thermiques par des véhicules électriques nécessiterait, en France, d’augmenter la production électrique de 30%. » Si bien que de nouvelles centrales nucléaires seront nécessaires pour alimenter les voitures autonomes générant un flux quotidien de 4 000 Go de données chacune, les bâtiments avec leurs capteurs pour régler le chauffage, fermer les volets, gérer les éclairages, l’agriculture elle aussi de plus en plus connectée, les opérations chirurgicales à distance, etc. La numérisation à marche forcée de l’école, faisant fi de toutes les questions sanitaires, prépare les consommateurs de demain. Microsoft ne s’y est pas trompé puisqu’il a offert pour 13 millions d’euros de matériel à l’Éducation nationale.
L’association pour la promotion de l’habitat intelligent (Pomotelec) est chargé d’identifier les « freins » à l’intérêt du public pour les objets connectés, comme le compteur Linky, afin de trouver les parades pour les faire accepter. Et l’industrie du sans-fil a fait appel aux sciences cognitives pour comprendre comment capter l’attention et rendre addict.

Magnats des ondes, magnats des médias et start-up nation.
L’auteur démontre ensuite que l’apparente pluralité de la presse dissimule non seulement une grande proximité entre pouvoir politique, médias et secteur des télécoms, mais aussi et surtout leur fusion en une seule « entité politico-économique ». Xavier Niel, patron de Free, a mis la main sur le groupe Le Monde, comprenant Télérama et Courrier international, Patrick Drahi, propriétaire de SFR a racheté Libération et L’Express, BFM TV et RMC, tandis que le groupe Bouygues, évidement à la tête de Bouygues Telecom, possède TF1 et LCI. Et si Les Échos et Le Parisien appartiennent a Bernard Arnault, qui n’a aucune part dans le numérique, il n’en est pas moins le beau-père de Xavier Niel. Les autres sont dépendants de la publicité dont les arrosent l’industrie des nouvelles technologies et celle de l’énergie. Les liens de celles-ci avec la classe politique sont tout aussi… consanguins. Le rôle d’Emmanuel Macron est longuement décortiqué, depuis la cession, lorsqu’il était Ministre de l’économie, de SFR à Patrick Drahi, contre l’avis de François Hollande qui préférait Martin Bouygues. La loi Macron a autorisé Orange à abandonner le réseau historique de téléphonie fixe RTC, renforçant l’ « absolutisme » des géants des télécoms. Une fois élu Président de la République, il fait cadeau aux quatre opérateurs de 3 milliards d’euros en renonçant à mettre aux enchères le renouvellement des fréquences de téléphonie, repoussant l’appel d’offre de dix ans, contre la promesse d’investir à hauteur de ce montant dans le développement de leurs infrastructures… ce qui correspond à leurs dépenses annuelles habituelles ! En 2018, la taxe additionnelle à l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux (TA-IFER), payée par les opérateurs en fonction de leur nombre d’antennes-relais, et qui rapporte 2 millions d’euros par an, destinés à financer la recherche publique sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques, est supprimée purement et simplement. Macron a également choisi de nommer commissaire européen Thierry Breton, ancien patron de Bull, Thomson, France Télécom et président du directoire d’Atos, entreprise à qui a été confié la conception du compteur Linky par le Ministre de l’économie… Thierry Breton !

La 5G : vers une catastrophe sanitaire et écologique ?
Promettant de multiplier les débits par dix et de diviser le temps de latence d’autant, la 5G va nécessiter l’implantation de tout un réseau hiérarchique :

  • Tout d’abord, doubler le nombre d’antennes relais, actuellement de 200 000, pour assurer une couverture globale.
  • Puis implanter un dense maillage, tous les 100 mètres, d’antennes plus petites qui propageront des ondes de très hautes fréquences et dont le faisceau pourra être interrompu par une feuille tombant d’un arbre.
  • Pour que les voitures autonomes puissent fonctionner, les drônes livrer leurs marchandises, un autre réseau sera nécessaire : Google doit envoyer dans la stratosphère des antennes sous forme de montgolfière à 20 km du sol, Amazon envisage de lancer 3 236 satellites non géostationnaires à 600 km de la Terre et Elon Musk compte en mettre 42 000 en orbite.

Si l’État et les opérateurs prétendent que les risque sanitaires liés aux ondes électromagnétiques ne sont que des « peurs » irrationnelles, le National Toxicology Program, agence publique étasunienne, a publié en 2018 une étude qui conclut à des « preuves évidentes » d’« un risque de cancérogénicité associé aux champs électromagnétiques radiofréquences ». Leur seule motivation est de mettre en place ce nouveau réseau, susceptible de générer 225 milliards de recettes en 2025, le plus rapidement possible. Tout le vivant sera alors soumis à une exposition permanente, sans possibilité de s’y soustraire, à des rayonnements des dizaines, voire des centaines de fois supérieurs à ceux que nous connaissons aujourd’hui.


Nous nous plongeâmes dans ces pages, avide d’y dénicher quelques arguments de ceux dont on emplit la colonne « contre » avant de trancher. Non seulement nous en trouvâmes des tombereaux mais plus encore, pas le moindre soupçon de bonne raison de croire en la nécessité de la 5G, tant sont flagrants les faisceaux de collusions, de mensonges et de manipulations. Un réquisitoire sans le moindre bénéfice du doute contre « le dernier rejeton du vieux monde industriel ». Le tutoiement et l’apostrophe régulière du lecteur pourront déranger certains, mais cette liberté de ton rend certainement plus digeste la haute technicité des informations exposées ici. Vulgarisation réussie.



5G MON AMOUR
Enquête sur la face cachée des réseaux mobiles
Nicolas Bérard
242 pages – 14 euros
Éditions Le Passager clandestin et L’Âge de faire – Paris – Mai 2020
www.lepassagerclandestin.fr



Voir aussi :

PROPAGANDA - Comment manipuler l’opinion publique

CONTRE L’ALTERNUMÉRISME

LE CAUCHEMAR DE DON QUICHOTTE - Sur l’impuissance de la jeunesse d’aujourd’hui

 

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