Dans Qu'est-ce que le Tiers-État ?, l’abbé Sieyés élabore la théorie de la citoyenneté politique, considérant la nation comme un corps uni par une loi commune, dans lequel tous les habitants sont dotés de droit civils, mais dont seuls les citoyens « actifs » ont également des droits politiques, au contraire des citoyens « passifs » : les femmes, les domestiques, les étrangers. Peu à peu, des étrangers, comme Anacharsis Cloots ou Thomas Paine, accèdent toutefois au statut de citoyen actif, tandis les « émigrés » qui ont quitté le territoire en masse à partir de l’été 1789 sont frappés d'indignité politique. Puis dès l'été 1793, la convention renonce à sa politique d’hospitalité et nationalise radicalement la citoyenneté.
Avec l'adoption du Code civil napoléonien (1803–1804), la naturalisation devient plus difficile à obtenir, le droit du sang pesant dorénavant davantage que le droit du sol. Les étrangers installés durablement en France privilégient désormais la demande d'admission à domicile, plus facile à obtenir. L’auteure étudie spécifiquement les cas des réfugiés italiens, espagnols, portugais, polonais, les soutiens dont ils ont bénéficié, mais aussi les réactions xénophobes qu’ils ont subies. Elle évoque la participation des internationalistes à la Commune de Paris.
Une loi du 7 février 1851 introduit le principe du double droit du sol (ouvrant l’obligation au service militaire de sept ans !). Les premières immigrations de masse, en provenance de Belgique et d’Italie, suscitent de violents troubles xénophobes, attisés notamment par Edouard Drumont qui popularise le slogan « la France aux Français », tandis que, sous la IIIe République, l’immigration devient un « problème politique ». Juin 1889, c'est le droit du sol simple qui est consacré par la loi, principe jamais remis en cause depuis.
Différentes mobilisations sont évoquées, comme celle des femmes, à majorité piémontaises, à la Manufacture nationale des tabacs de Marseille, par exemple, ou, un peu plus tard, celle des « midinettes ».
Impossible de tout rapporter ici. Les évolutions législatives sont présentées une à une, ainsi que toutes sortes d’événements, de la création de la légion étrangère à celle des FTP-MOE, de l’arrivée des exilés arméniens fuyant le génocide à celle des réfugiés espagnols pendant la Retirada, de la création de la carte d’identité aux différents titres de séjour, le syndicalisme, les bidonvilles, les luttes sociales et politiques, le racisme,…
Petite histoire de l’immigration en France, depuis la Révolution française par le prisme de l’évolution du statut des étrangers, de leurs luttes, économiques, culturelles et politiques, et des mobilisations en leur faveur. Accessible, dense et claire.
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
NOUS SOMMES TOUS DES ENFANTS D'IMMIGRÉS
Les luttes des étrangers en France depuis 1789
Delphine Diaz
Illustré par Fred Sochard
240 pages – 22,90 euros
Éditions du Détour – Paris – Septembre 2026
editionsdudetour.com/index.php/les-livres/nous-sommes-tous-des-enfants-dimmigres/
Voir aussi :
7 septembre 2026
NOUS SOMMES TOUS DES ENFANTS D'IMMIGRÉS
L’historienne Delphine Diaz retrace la longue histoire des luttes des étrangers, et en faveur de ceux-ci, depuis la Révolution française.
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