Après une carrière d’instituteur puis de professeur de lycée à Toulon et de secrétaire de séances de l’Académie du Var, cet agrégé de grammaire, lauréat 1914-1915 des jeux floraux de Reims grâce aux Poèmes d’un poilu : poèmes des tranchées et des cantonnements, renonce soudainement au « lyrisme un peu mièvre » pour l’invention jubilatoire du paralloïdre. L’auteure revient toutefois sur ses premiers écrits et sa première carrière, avant la grande rupture, lorsque, à soixante ans, il largue tout pour monter à Paris.
Dès lors, il se dévoue corps et âme à sa création et la défend bec et ongles. Ainsi, à un critique du Figaro littéraire qui l’accuse de nihilisme et diagnostique un « délire » dans son langage, il répond que « le Paralloïdre népasun macabre. Biénocontre i dénécrope en jésulitter un bocalazare franlatigal ». Toutefois, Birgite Bardelot considère qu’il reconnait ses limites : n’ayant finalement pas grand-chose à dire, il se doit de le bien dire. Le Paralloïdre ne serait qu’un « cache-misère génial ».
Le docteur Ferdière, collectionneur d’Art Brut, célèbre pour avoir été le médecin d’Artaud à Rodez, puis Jean Dubuffet, dont il sera le secrétaire, responsable des pièges à rats de son atelier, s’intéressent à lui. Ce dernier lui demandera des textes pour accompagner ses treize Corps de dames, puis ils sortiront ensemble Le Mirivis des Naturgies. Il l’introduit également au Collège de Pataphysique, où il ne se sent guère à sa place.
André Martel compose également des chansons (toutes perdues) en Paralloïdre, et une pièce de théâtre, mise en scène par Guénolé Azerthiope, avec son Phénoménal Théâtre.
L’auteure propose également une étude phonologique de cette langue qui utilise indifféremment le verlan, les néologismes, les pataquès et liaisons malvenues, les mots-valises, les analogies sonores et la soudure autogène qui emprunte aux mots à réunir, des éléments particuliers à chacun d’eux et les soude au moyen d’un élément commun à l’un et à l’autre (procédé semble à celui de Joyce dans Finnegan’s Wake). Elle soupçonne qu’elle agit comme « un recours magique contre la langue commune devenue suspecte et dangereuse, vécue comme complice d’un réel invivable et mortifère », à la manière de la glossolalie chez Antonin Artaud et de la rhua de Pierre Guyotat, autres « grands traumatisés ».
Excellente mise en bouche d’une œuvre pour le moins originale.
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
ANDRÉ MARTEL, DU JARGON COMME L’UN DES BEAUX-ARTS
Brigite Bardelot
150 pages – 15 euros
Éditions On verra bien – Limoges – Juin 2026
onverrabien.com/andre-martel/
Première édition : ROM éditions, 1998.
Du même auteur :
Œuvre paralloïdre

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire