18 février 2018

LA JOIE ARMÉE

En 1997, Alfredo M. Bonanno a été condamné à 18 mois de prison en Italie pour l’écriture de ce texte, nous prévient l’éditeur. Raison supplémentaire pour le lire.

Il reproche aux théoriciens révolutionnaires d’oublier la joie dans leurs discours comme dans leurs écrits. « Les révolutionnaires sont des gens pieux. Pas la révolution. » Il affirme que changer de mode de production ne suffira pas à supprimer l’exploitation. Il dénonce leur « idéalisation du travail », mystification qui rejoint « l’éthique chrétienne du sacrifice », visant à substituer l’accumulation capitaliste par une accumulation quantitative, et propose une « esthétique du non-travail » qu’il assimile à son « esthétique de la joie ». La recherche de cette joie est la négation des conditions fixées par le capital, en premier lieu, donc, la valeur du travail. C’est la négation de la mort. Il l’oppose à « la joie rémunéré, celle que le patron lui paie toutes les semaines (week-end) ou toutes les années (congés), c’est comme l’amour tarifé. » « La joie s’arme. Son attaque est le dépassement de l’hallucination marchande, de la machine et de la marchandise, de la vengeance et du leader, du parti et de la quantité. Sa lutte brise la ligne tracée par la logique du profit, l’architecture du marché, le sens programmé de la vie, le document final de l’archive. Son explosion bouleverse l’ordre des dépendances, la nomenclature du positif et du négatif, la loi de l’illusion marchande. »

La lutte est légitime, surtout quand les chefs de la révolution en ont perdu le contrôle. « Il faut substituer au jeu illusoire du capital (spectacle des marchandises) le jeu réel de l’offensive armée contre le capital, pour la destruction de la fiction et du spectacle. »
Parce qu’ « un océan de bavardages nous a rendu obtus », il invite à l’insurrection armée, tout en précisant toutefois d’éviter la spécialisation, nouvelle « division du travail », et la « sacralisation de la mitraillette ». « L’arme la plus importante du révolutionnaire, c’est sa détermination, sa conscience, sa décision de passer à l’acte, son individualité. Les armes concrètes sont des instruments, et, en tant que tels, ils doivent constamment être soumis à une évaluation critique. »
Son invitation est sans ambages : « On en a jusqu’à la nausée des réunions, des lectures de classiques, des manifestations inutiles, des discussions théoriques qui coupent les cheveux en quatre, des distinctions infinies, de la monotonie et de la tristesse de certaines analyses politiques. À ça, on préfère faire l’amour, fumer, jouer, tuer des policiers, tirer dans les jambes des journalistes, juger les magistrats, faire sauter en l’air les casernes de carabiniers. »
Rappelons qu’il s’agit de proposer sur ce blog des ouvrages afin de nourrir les réflexions et les débats. Prochainement nous rendrons compte de la lecture de « La Horde d’or : la grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle - Italie 1968-1977 » qui permettra de replacer ce texte dans son contexte.

Se lit d’une traite. Flamboyant, concis et percutant.


LA JOIE ARMÉE
Alfredo M. Bonanno
80 pages – 5 euros
Éditions Entremondes – Genève – 2010
Titre original : « La Gioia armata », Anarchismo, 1977
http://entremonde.net/

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