26 février 2019

PRISE DE POSSESSION

Proclamant que « l’anarchie c’est l’ordre par l’harmonie », Louise Michel incite avec ce texte de conférence lu un peu partout en France, les déshérités à tenter leur délivrance, à changer la base du « nid de l’humanité » au lieu de « perdre son temps à placer autrement les brins de paille », une base qui sera « une branche solide » : « la justice égalitaire au lieu de la force ».

Son appel à l’insurrection, à la révolution, est ferme et claire, vibrant, lyrique même, déterminé et radical : « Le pouvoir est mort, s’étant comme les scorpions, tué lui-même ; le capital est une fiction, puisque sans le travail il ne peut exister, et ce n’est pas souffrir pour la République qu’il faut, mais faire la République sociale. »
Elle dénonce sans ambages l’injustice des gouvernements républicains qui n’ont rien à offrir de plus que les empires, l’illusion du suffrage universel : « Votre vote c’est la prière aux dieux sourds de toutes les mythologies, quelque chose comme le mugissement du boeuf flairant l’abattoir, il faudrait être bien niais pour y compter encore, de même qu’il ne faudrait pas être dégoûté pour garder les illusions sur le pouvoir ; en le voyant à l’oeuvre il se dévoile, tant mieux. » « Le suffrage dit universel, c’était le dernier espoir de ceux qui voulaient faire vivre encore la vieille société lépreuse. »

Elle explique que « de fête en fête, d’hécatombe en hécatombe, le capital miné par tous les crimes qu’il fait commettre, rongé par ses propres actions, n’a plus qu'à disparaître. » « Comme l’anthropophagie a passé, passera la capital. » Le capital ni rien ne peut exister sans le travail : « Le capital livré à lui-même est stérile comme le roc de granite. » C’est pourquoi elle appelle à « la prise de possession par le travail, la science, les arts de tout ce qui leur appartient, c’est-à-dire du sol pour le rendre fécond, des machines qui multiplient la production et diminuent les heures du travail, des forces de la nature pour s’en servir ainsi que d’outils dociles et puissants. » Elle préfère le terme de « prise de possession » à celui d’ « expropriation » qui implique une exclusion alors que « le monde entier est à tous ».
Il suffirait d’une seule grève générale mais totale pour précipiter la fin car déjà les sociétés financières s’effondrent, les gouvernements s’affolent : «  C’est l’anarchie communiste qui de toutes parts est à l’horizon. »
Elle prévient : « Nul n’a le droit d’asservir les autres, celui qui prend sa liberté ne fait que reprendre ce qui lui appartient, le seul bien véritable. » Toujours lyriques, ses invectives deviennent encore plus pressantes : « Et les mensonges de la politique, pareils aux ailes des vampires, bercent doucement les foules qui les abreuvent de leur sang. » « Les promesses fallacieuses, miroitant aux yeux des meurt-de-faim, ne pourront pas durer éternellement. » Elle appelle le paysan à abandonner sa « résignation éternelle et idiote » et sa charrue. Elle cherche à convaincre encore : « Le travail et le pain de toute une classe valent bien ce coup de collier. » et prévient : « Pourtant, si cela vous plaît, prolétaires du monde entier, restez comme vous êtes – peut-être que dans une dizaine de mille ans vous aurez réussi à hisser au pouvoir trois ou quatre des vôtres ; ce qui vous fait espérer une majorité socialiste dans vingt-cinq à trente mille ans. » Et qu'importe si cette « internationale spontanée de la lutte » n’était l’oeuvre que d’une minorité : « N’est-ce pas toujours une minorité qui a essayé les révolutions ? »

Un texte à (re)lire de toute urgence. Galvanisant et éternellement actuel. Mais laissons à son auteur les derniers mots :
« Les urnes ont assez vomi de misères et de hontes.
Au vent les urnes, place à la Sociale !
Le monde à l’humanité !
Le progrès sans fin et sans bornes !
L’égalité, l’harmonie universelle pour les hommes comme pour tout ce qui existe ! »


PRISE DE POSSESSION
Louise Michel
Préface de Jacques Le Flou
Présentation de Philippe Fréchet
66 pages – 12 euros
Jean-Paul Rocher, éditeur – Paris – Février 2005

80 pages – 7,50 euros
Éditions L'Herne – Collection "Carnets de l'Herne" – Paris – Avril 2017
Initialement publié en 1890 par le groupe anarchiste de Saint-Denis.
 


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