La pauvreté n’est pas une catastrophe naturelle. Rapporteur spécial sur le sujet à l’ONU, Olivier de Shutter explique les mécanismes qui la causent et la perpétuent, à travers le parcours de trois personnages de fiction, prétextes à exposés plus ou moins incarnés.
Les théories de Thomas Malthus et Jeremy Bentham, qui proposaient de cesser d’assister les pauvres, sont présentées, ainsi que la « loi des débouchés », plus connue sous le nom de « théorie du ruissellement », de Jean-Baptiste Say, déjà contestée par John Maynard Keynes.L’auteur explique que l'extrême richesse est un frein à la lutte contre la pauvreté parce que :
- les riches exercent leur influence sur le monde politique et s'opposent à toute réforme qui ne leur conviendrait pas,
- l'économie répond à la demande des plus riches et non aux besoins des plus pauvres,
- les plus riches font monter les prix des actifs, notamment leurs biens immobiliers, pour lesquels ils sont en concurrence avec les ménages les plus précaires.
Il conteste aussi le darwinisme social et documente les discriminations en fonction de la situation économique, les non-recours aux droits (qui concernent un tiers des personnes éligibles en France), etc.
Après Germain, qui se retrouve à la rue suite à un licenciement, nous suivons Kevin, « né dans la précarité ». On apprend alors qu’il lui faudrait six générations, selon l’OCDE, « pour avoir les mêmes chances que les autres d’arriver au salaire moyen ». Bourdieu est évidemment invité à s’exprimer sur le sujet : « La reproduction des inégalités sociales par l'école vient de la mise en œuvre d'un égalitarisme formel, à savoir que l'école traite comme égaux en droit des individus inégaux en fait c'est-à-dire inégalement préparés par leur culture familiale à assimiler un message pédagogique. » Moins connu, Laurent d’Ursel, fondateur du syndicat des IMMENSES (Individus dans la Merde Matérielle Énorme mais Non Sans Exigences), explique qu’en traitant les symptômes plutôt que les causes, on rend apparemment acceptable des situations qui, sinon, seraient vues comme scandaleuses. Les transfuges de classe Édouard Louis, Didier Eribon, Annie Ernaux sont également évoqués.
Enfin, Melissa, jeune candidate en campagne pour Démocratiser la politique, et qui évoque des quelques solutions, comme les TZCLD (Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée). Rien de révolutionnaire, on s’en doute. Toutefois cet exercice de vulgarisation s’avère réussi.
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
LA FABRIQUE DE LA PAUVRETÉ
De la lutte contre la pauvreté à la guerre aux pauvres
Olivier de Schutter et Juan Mendez
104 pages – 20 euros
Éditions Futuropolis – Paris – Septembre 2026
www.futuropolis.fr/9782754848930/la-fabrique-de-la-pauvrete.html
De Juan Mendez :
COMMENT LES RICHES RAVAGENT LA PLANÈTE
Voir aussi :
Retour à Reims
En finir avec Eddy Bellegueule


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