
La société cloisonnée et administrée selon une stricte séparation entre privilégiés et déclassés qui n’ont aucun contact entre eux, n’est finalement qu’une légère exagération de notre monde actuel, de notre propre société d’« héritiers ». Comme le lui explique Mamé, la grand-mère de Linus, à son époque « les enfants suivaient le même enseignement jusqu’à quatorze ou seize ans. Ceux qui n’avaient pas de bons résultats étaient envoyés dans des filières spécialisés. Les autres allaient au lycée et passaient leur bac. » L’ascenseur social fonctionnait aussi rarement qu’à l’époque de Linus.
Le régime politique n’est pas décrit, on comprend seulement qu’il s’agit d’une gigantesque administration policière omniprésente et omnipotente, contrôlée par une oligarchie cynique. Les membres de la classe 2 sont cantonnés dans une zone polluée, condamné à travailler durement et à consommer : « C’est le seul plaisir qui leur reste : dépenser leur argent pour avoir l’illusion d’exister. »
Identifié au héros, le lecteur aura certainement le courage de le suivre dans ses transgressions mais face à la découverte de la vérité sur le monde, pour quel choix opter ? « Une société a besoin de règles ! Mais est-ce une raison pour accepter n’importe quelles règles ? Tu ne vois pas à quel point celles qui régissent notre monde sont injustes ? » L’impératif de désobéissance peut-il être suffisant pour convaincre d’abandonner la sécurité de son confort ? Anne-Laure Bondoux apporte sans ambages sa réponse à ce questionnement : il faut désobéir aux règles injustes !
Son roman, variante simplifiée du « meilleur des mondes » est sans doute un peu démonstratif mais tout autant efficace. Il aura au moins marqué un lecteur de onze ans et demi de ma connaissance, « trop choqué » par les réactions égoïstes de la foule au moment du dénouement. Bravo !
LE DESTIN DE LINUS HOPPE
Anne-Laure Bondoux
530 pages – 7,90 euros
Éditions Bayard – Paris – Mars 2008
Première édition 2001.
À partir de 10 ans ?
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