Il déroule la vie de ce dernier, notamment son adhésion au Parti catholique, puis la création de Rex, « parti catholique d’action » en 1935, qui devient rapidement la quatrième force politique, et du quotidien Le Pays réel, son engagement dans la « légion Wallonie » qu’il a contribué à créer, sa condamnation à mort pour contumace en décembre 1944, sa « retraite » en Espagne. Nous passons rapidement.
Sa paternité revendiquée de l’invention du personnage de Tintin est donc passée au crible, ainsi que la prétendue inspiration : Tintin serait Degrelle lui-même, avec pour preuve première ses culottes de golf.
La biographie de Georges Rémi, alias Hergé, est ensuite résumée, en suivant le fil de l’antisémitisme, présent dans ses dessins dès 1925… comme dans le milieu catholique qu’il côtoie et une bonne partie de la société. S’il s’enfuit avec sa famille, au printemps 1940, face à l’offensive d’Hitler, il regagne Bruxelles dès la signature de l’armistice et rejoint Le Soir, quotidien réquisitionné par l’occupant et contrôlé par la Propaganda-Abteilung, Le Vingtième siècle, où il a publié les premières aventures, étant interdit. Il va diriger le nouveau supplément jeunesse Soir-jeunesse et bénéficier d’une audience autrement importante. S’il a vendu 34 000 albums entre 1930 et 1939, il en écoulera plus de 320 000 entre 1940 et 1945 ! Sébastien Bourdon recense aussi les passages pour le moins problématiques de ces albums comme la scène avec les commerçants juifs dans L’Étoile mystérieuse, le fripier dans Le Crabe aux pinces d’or, les activistes juifs qui enlèvent le héros dans Tintin au Pays de l’or noir, l’antiquaire dans L’Oreille cassée, le tailleur dans Tintin au pays des Soviets,… Alors que la dérive pro-nazie du quotidien s’accentue, son éditeur chez Casterman conseille à Hergé de prendre ses distances, de crainte de devoir le payer après la guerre. Celui-ci s’obstine et rétorque que c’est pour lui l’occasion de toucher le plus de journaux possibles. Ses planches continueront à être publiées jusqu’au 2 septembre 1944, la veille de la Libération. Il sera toutefois épargné au prétexte qu’il n’est l’auteur que d’innocents dessins pour enfants. Il est toutefois interdit de publier dans la presse, comme toute personne ayant travaillé dans un journal sous l’Occupation. Il envisage sérieusement de partir… en Argentine, qui accueille alors tous les nazis en cavale. Finalement, blanchi par un ex-résistant, d’obédience royaliste, Raymond Leblanc, il s’associe à lui pour fonder le journal Tintin, où nombre d’anciens collaborateurs sont accueillis. Il n’exprimera jamais de réels regrets. En 1973, par exemple, il confie : « Je conviens que moi aussi j'ai cru que l'avenir de l'Occident pouvait dépendre de l'Ordre nouveau. Pour beaucoup, la démocratie c'était montrée décevante, et l'Ordre nouveau apportait un nouvel espoir. »
Sébastien Bourdon propose ensuite une analyse de l’œuvre d’Hergé, pour répondre à l’opinion audacieuse qui voit en Tintin, un « héraut du vivre-ensemble et de l’amitié entre les peuples », un « défenseur des opprimés ». Il revient évidement sur les représentations racistes et colonialistes de Tintin au Congo, le considèrant plutôt comme un « sauveur blanc » : « Chaque “bonne“ action de Tintin a pour conséquence de le conforter dans son statut de “bon Blanc“ envers lequel les “colonisés“ savent se montrer redevables. » L’extrême droite revendique d’ailleurs sans complexes ces thématiques embarrassantes des premiers albums que les tintinophiles tentent d’excuser, sinon d’effacer. En 1995, par exemple, la branche jeunesse du Front national édite et diffuse un pastiche intitulé Un Jour viendra, à partir de cases authentiques, avec des dialogues revisités, organisées pour raconter l’histoire de la prise de conscience de Haddock que l’invasion étrangère a déjà commencé. Des modifications à caractère politique ou ethnique ont été opérées au fil des rééditions des albums, toujours à l'initiative de l'éditeur.
En conclusion, l'auteur soutient que si les aventures de Tintin ne sont pas véritablement politiques et n’ont pas été conçues pour diffuser et promouvoir une idéologie, elles offrent toutefois une vision du monde « résolument fascisto–compatible », où la bienveillance paternaliste peine à cacher un racisme diffus.
Enquête sérieuse qui fait parfaitement la part des choses.
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
TINTIN AU PAYS DES FASCISTES
Sébastien Bourdon
146 pages – 16 euros
Éditions Divergences – Quimperlé – Septembre 2026
www.editionsdivergences.com/livre/tintin-au-pays-des-fascistes

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