29 mars 2026

ÉDITION

Cofondateur des éditions Anacharsis et enseignant au Master « Monde du livre » d’Aix-Marseille-Provence, Frantz Olivié présente les coulisses d’une activité mystérieuse et méconnue, portant un regard critique sur les différents maillons de la chaîne du livre (éditeur, mais aussi imprimeur, diffuseur-distributeur, libraire, prescripteur) et les « logiques lourdes » à l’œuvre aujourd’hui (surproduction, conformisme).
Considérant l’édition comme « un ensemble de pratiques qui consistent à faire advenir un livre et le vendre, il donne quelques chiffres édifiants pour donner à saisir les volumes en jeu : les 500 romans de la rentrée, les 50 000 nouveautés annuelles, les 430 millions d’exemplaires écoulés en 2024 et les 30 000 tonnes passés au pilon (c’est certainement moins brutal de parler en tonnage comme le fait le SNE),… « Faire un livre, quelle qu’en soit la raison, c'est rajouter à l'entassement. » Il décrit le fonctionnement de la diffusion et de la distribution, avec le système des « offices », le principe des « retours », la loi sur prix unique du livre de 1981, montre comment les invendus rémunèrent tout de même le distributeur et comment ces mécanismes encouragent à produire toujours avantage. Il explique le rôle des médias, des librairies, avec leurs contraintes et leurs difficultés, l’augmentation récente des frais de fabrication en raison de la flambée du prix du papier, la modeste part du « livre » numérique, surtout en regard du « vacarme » qu’il suscite.
Si le livre est bien sûr une marchandise, il est aussi plus que cela. C’est sans doute cela qui distingue, non pas les éditeurs indépendants, mais ceux qui saisissent l’opportunité de cette indépendance pour réaliser « un ouvrage inattendu ». Ceux que l’auteur nomme les « éditeurs de création » ne cherchent pas à répondre à une attente mais à « provoque[r] la curiosité par le jaillissement de l'inconnu ». Il raconte ensuite comment, depuis 20 ans, il fait naître des livres, depuis la lecture de manuscrits, les choix « arbitraires » mais cohérents avec une ligne éditoriale et inscrits dans la construction d’un catalogue.
Il explique aussi comment les pouvoirs publics parviennent encore à « pondérer le pouvoir de l’argent » en délivrant des aides qui parviennent, jusqu’à présent, « à maintenir en vie des entreprises de louable mérite aux moyens trop modestes ».

Dans une prose enlevée et enjouée, Frantz Olivié brosse le portait d’une profession qui suscite beaucoup de fantasmes. Parfait pour le néophyte qui souhaiterait appréhender ce secteur économique et culturel, et pour celles et ceux qui voudraient comprendre les tensions qui le traversent.

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier


ÉDITION
Frantz Olivié
120 pages – 9 euros
Éditions Anamosa – Collection « Le Mot est faible » – Paris – Mars 2026
anamosa.fr/livre/edition

 

Voir aussi :

DÉBORDER BOLLORÉ

 

 

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