Contre-histoire du football, depuis ses premières formes modernes, comme moteur d’émancipation.
La soule dans le nord-ouest de la France ou le folk football en Grande-Bretagne, aux règles fluctuantes, sont parfois détournés à des fins insurrectionnelles. Avec la privatisation des terres et l’imposition des mises en clôture, le terrain de jeu qui couvrait la totalité du territoire se retrouve entravé. Les jeux de ballons, pratiqués par les élèves des publics schools britanniques réservées aux jeunes aristocrates, ont été intégrés à l’enseignement et codifiés, faute de pouvoir les interdire et empêcher les débordements de violence qu’ils suscitaient, à Rugby à partir de 1830, tandis qu’à Manchester, d’anciens élèves de différentes écoles se réunissent en 1848 pour unifier leurs règles et donner naissance au « football commun ». Cette standardisation accompagne la révolution industrielle, tandis que « la séparation des postes et des joueurs au sein de l'équipe met en scène la division du travail ». Après l’ « hégémonie des gentlemen » sur ce sport, le peuple se le réapproprie, notamment avec l’apparition de la « semaine anglaise » et le soutien de l’Église qui y voit un instrument pour combattre les « vices ». En 1883, « pour la première fois une équipe ouvrière remporte la Coupe d'Angleterre, mettant fin à l'hégémonie d’un football bourgeois et individualiste ». Professionnalisation, internationalisation, premières équipes et compétitions féminines, à l’initiative des « munitionnettes » pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’au retour de l’ordre patriarcal en 1921, naissance du dribble, au Brésil, pour déjouer les violences racistes jamais sanctionnées par les arbitres, instrumentalisation par l’Allemagne nazie et l’URSS stalinienne mais aussi résistance de Matthias Sindelar et du Spartak de Moscou, contestation anticolonialiste en Afrique,… Mickaël Correia et Jean-Christophe Deveney montrent comment le football est utilisé comme un instrument d’expression contre les dominations.
Forcément moins complet que l’essai dont-elle est l’adaptation, cette bande dessinée touchera un autre lectorat. L’histoire cadre introductive, sans doute destinée à ménager l’entrée dans l’Histoire, n’était sans doute pas nécessaire. Elle n’est ensuite pas du tout exploitée (faute de place ?). Lelio Bonaccorso, quand à lui, a cherché en permanence à représenter le mouvement dans ses images, comme pour déjouer les appréhensions de pesanteur du propos. Une BD fluide, donc, et fort instructive. Pour les amateurs comme pour les allergiques.
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
Voir aussi :
CARTON ROUGE : Matthias Sindelar, le Mozart du ballon rond
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