Son père est placé apprenti ébéniste à douze ans. Il apprendra à lire et écrire pendant ses sept années de service militaire. Trois frères et sœurs meurent avant sa naissance. Les déménagements sont nombreux. Pas d’eau courante dans les logements. Si toute la famille est baptisée, personne n’a fait sa communion et tous se marient civilement. Ses oncles ont vu la révolution de 1848 et discutent souvent politique. L’un d’eux rejoint le groupe parisien de la Première Internationale lorsqu’il se forme.
La guerre est déclarée en 1870. Pendant le siège de Paris, elle se souvient du pain fait avec de la paille, des petites portions de cheval, l’oignon cru avec du sel ou la gousse d’ail, puis la viande de chien et de rat vendue au marché aux volailles. Son père et ses frères sont gardes nationaux. Après la défaite, vient la Commune. Elle se souvient surtout de leur fuite face à l’avance des Versaillais. Son père et son oncle Flament parviennent à se cacher. La semaine sanglante la choque profondément, tout comme les perquisitions presque quotidiennes qui se poursuivent bien après. Pendant longtemps, son père, lieutenant, sera recherché. Il s’échappera toujours, grâce à de nombreuses complicités.
Après avoir obtenu son certificat d'étude en juin 1873, elle entre en apprentissage comme doreuse sur bois. Après ses onze heures de travail par jour, elle ne peut plus suivre de cours du soir. Pourtant, « cela me crevait le cœur de ne pouvoir m'instruire davantage », confie-t-elle.
En allant sur la tombe de sa grand-mère, au Père-Lachaise, elle ne manque jamais de poursuivre jusqu’au Mur de Fédérés, et ne rate jamais une occasion de placer un commentaire sur cette période qui la hantera toute sa vie : « Mon oncle flamand disait souvent, on reproche la Terreur aux révolutionnaires de 1793, mais qu’était la terreur en comparaison de nos 35 000 communards fusillés dans la semaine sanglante, en effet pendant dix mois de terreur on a guillotiné 2 800 personnes. » Elle évoque aussi l’amnistie, la mort de sa sœur à l’âge de 24 ans, Mac-Mahon, « la boîte à mitraille » de Vaillant à la chambre des députés, l’assassinat de Carnot par Caserio, le mariage de sa fille, ses petits-enfants, ses arrières petits-enfants,…
Document brut mais touchant, qui donne à voir la vie quotidienne des classes populaires à la fin du XIXe siècle et comment ont été vécu les événements de la Commune de Paris par « ceux d’en-bas ».
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
LES SOUVENIRS DE LÉONTINE OUDOT
La Commune, une affaire de famille
Présentés par Alain Faure
192 pages – 18 euros
Éditions Plein chant – Collection « Voix d’en bas » – Bassac (16) – Août 2025
pleinchant.fr/ajouts/LeontineOudot/LeontineOudot.html
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