Face aux dénis de science et de démocratie qui entourent la loi Duplomb, Philippe Grandcolas, écologue et directeur adjoint scientifique du CNRS, entend « rétablir la vérité et défendre vraiment les agriculteurs ». En effet, « des pesticides hypertoxiques aux mégabassines accaparatrices, en passant par les élevages géants, ses articles favorisent les grandes cultures et les fermes industrielles. Cette loi a été écrite pour les bénéfices de peu d'agriculteurs et certainement pas pour les paysans qui produisent ce que l'on souhaite trouver sur les étals des marchés de région, c'est-à-dire des produits frais, sains et locaux à des prix raisonnables ».
L'agriculture mondiale, transformée en industrie depuis le début du XXe siècle, échoue à nourrir les humains : un tiers de la production mondiale est jetée, 300 millions de personnes souffrent de la faim, les trois quarts de la surface agricole et plus du tiers des céréales servent à nourrir des animaux. L’auteur en donne un rapide portrait, notamment de la situation française.
PREMIÈRE FAUSSE INFORMATION :
LE TITRE DE LA LOI ET SA FINALITÉ AFFICHÉE SERAIENT VERTUEUX
Non seulement la France n'est actuellement pas autonome, ne produisant que 60 % de sa consommation, mais certaines productions sont largement exportées et non alimentaires (nourriture animale et agrocarburants).
L’acétamipride, autorisé par la loi Duplomb, concerne 23 000 betteraviers, 350 producteurs de noisettes et quelques milliers de producteurs d’autres fruits et légumes, soit moins de 30 000 entreprises. Moins de 5 % des exploitants pratiquent le stockage d'eau pour l’irrigation. Moins de 17 500 entreprises utilisent donc des bassines. Et 15 000 exploitations sur les 145 000 existantes sont de taille suffisante pour être intéressées par l'assouplissement des règles d'agrandissement des élevages. « La loi Duplomb concerne donc au maximum 13 % des entreprises agricoles ou d’élevage française.… Et encore faudrait-il que toutes ces entreprises soient demandeuses des modalités inscrites dans la loi. »
L'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), peu soucieuse de protection de l’environnement, évalue les coûts cachés de la production agricole pour nos sociétés (dépollution de l’eau, frais de santé liés aux maladies dues aux pesticides, dégâts causés par les aléas climatiques) à 10 000 milliards de dollars par an !
DEUXIÈME FAUSSE INFORMATION :
LA RÉINTRODUCTION DE PESTICIDES SERAIT NÉCESSAIRE
Pour augmenter leur rentabilité, certaines filières bovine ou volaillères exportent des centaines de milliers d'animaux, des veaux broutards par exemple, pour être engraissés au Maghreb ou en Italie, contribuant à la diffusion des épidémies.
Pour délivrer leurs autorisations de mises sur le marché les agences réglementaires évaluent les risques associés à l'usage des substances selon des normes juridiques et réglementaires, avec des procédures standardisées réalisées par les fabricants, sans tenir compte des études scientifiques publiées indépendamment par les chercheurs. En 2025, la cour d'appel du tribunal administratif de Paris a d'ailleurs condamné l'État français pour préjudice écologique, parce qu'il n'a pas donné à ces agences les instructions pour prendre en compte l'ensemble des connaissances scientifiques disponibles. C'est la toxicité aiguë de la substance qui est évaluée, c'est-à-dire la dose active qui va tuer ou rendre gravement malade la moitié des individus d'une espèce modèle utilisée pour les tests. La toxicité chronique n'est jamais prise en compte alors que de très faibles doses tuent également, mais plus lentement. Les coformulants (solvants, émulsifiants, stabilisants, etc.) ne sont pas pris en compte bien qu'ils représentent la moitié de ce qui est épandu. L’exposition est également sous évaluée car ne sont étudiés que les contacts directs et permanents avec une substance, ainsi que leur persistance sur leur temps de demi-vie, bien que la moitié du produit demeure au-delà. De même, les effets cocktail ne sont quasiment pas pris en compte, alors que la toxicité d'un insecticide peut augmenter cent fois en présence d'un fongicide ou d'un autre insecticide par exemple. Avec 300 substances actives de pesticide autorisées en France, il faudrait tester plus de 40 000 combinaisons !
Les alternatives aux pesticides pour la betterave existent mais la recherche de profit incite à privilégier des solutions moins coûteuses (financièrement). Le secteur de la noisette s’est fortement développé récemment, mais sous forme de vergers industriels, véritables pièges à agresseurs des cultures, dans l’espoir de produire beaucoup et à bas coût.
TROISIÈME FAUSSE INFORMATION :
L’ACÉTAMIPRIDE NE SERAIT PAS DANGEREUX
L’acétamipride est un néonicotinoïde qui cible le système nerveux des insectes. En enrobant les graines, on rend les plantes après la germination directement toxiques à la consommation par ceux-ci. Trois dix-millièmes de grammes suffisent pour tuer un humain.
QUATRIÈME FAUSSE INFORMATION :
L’ACÉTAMIPRIDE SERAI INOFFENSIF PUISQUE UTILISÉ COMME ANTIPUCES DOMESTIQUE
Cette affirmation utilisée pour laisser entendre que ce produit serait bénin est « factuellement fausse ». Utilisé comme acaricide dans les poulaillers industriels, il a été retrouvé en qualité importante dans les œufs.
CINQUIÈME FAUSSE INFORMATION :
L'ANSES EXAGÉRERAIT EN MATIÈRE DE NORMES CONTRAIGNANTES
L’auteur revient sur le cadre dans lequel cet établissement public prend ses décisions et montre comment certains agriculteurs industriels ou syndicats, ainsi que les élus qui les soutiennent, souhaitent privilégier leurs bénéfices commerciaux aux risques pour la santé et l'environnement.
SIXIÈME FAUSSE INFORMATION :
L'OFB POSERAIT PROBLÈME AUX AGRICULTEURS
L’Office français de la biodiversité mène des actions règlementaires en coordination avec les préfets et les procureurs. Philippe Grandcolas revient là aussi sur les fausses accusations proférées et explique qu’il s’agit surtout d’occuper les 90% d’agriculteurs non concernés par la loi, en désignant un bouc émissaire. Un courrier de Laurent Wauquiez aux agriculteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes était tellement mensonger que la préfète de région a du envoyer une lettre de rectification aux mêmes destinataires.
En 2024, L’OFB a effectué 140 000 contrôles mais seulement 1179 concernaient des agriculteurs. C'est-à-dire que moins de 0,6 % des 350 000 entreprises agricoles et des 145 000 entreprises d'élevage françaises ont subi un contrôle.
SEPTIÈME FAUSSE INFORMATION :
LES BASSINES RETIENDRAIENT L'EAU AU LIEU DE LA LAISSER SE PERDRE
Moins de 1% des exploitants utilisent ces infrastructures, notamment pour des cultures inadaptées à notre climat et en privatisant un bien commun. L’article 5 de la loi Duplomb facilite les autorisation de construction et installe une « présomption d'intérêt général majeur », qui déroge à plusieurs directives.
HUITIÈME FAUSSE INFORMATION :
LES ÉLEVAGES AURAIENT BESOIN D'ÊTRE AGRANDIS POUR ÊTRE RENTABLES
Encore une fois, une minorité est susceptible d’être concernée : 15 000 sur les 145 000 existantes ont une taille suffisante. Il s’agit d’échapper à la règlementation. Mais les chiffres et les faits sont têtus.
Sur chaque point, Philippe Grandcolas égraine ses arguments, chiffres à l’appui, mettant sérieusement à mal la loi Duplomb et les discours de ses défenseurs. En définitive, « la loi Duplomb est parfaitement caractéristique de ce qu'il ne faudrait plus faire. Elle a été bâti sur un déni de science et sur un accaparement de la problématique agricole par une minorité de producteurs et de filières proposant de mauvaises solutions. »
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
LOI DUPLOMB, LE DÉBAT CONFISQUÉ
Alerte aux fausses informations sur la santé et l’environnement
Philippe Grandcolas
168 pages – 10 euros
Éditions du Faubourg – Collection Poche – Paris – Avril 2026
editionsdufaubourg.fr/livre/loi-duplomb-le-debat-confisque

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