6 avril 2026

LES ARMES DES FAIBLES

Professeur de sciences politiques et d'anthropologie à l'université de Yale, James C. Scott (1936–2024) soutient que l'absence de conflit ouvert ou de révolte n'est pas l'expression de la soumission des dominés à leur condition ni de leur acquiescement à l'ordre social en place. Deux ans d'enquête ethnographique à Sedaka, un village rizicole de Malaisie, à observer et interroger les villageois pauvres et aisé, lui ont permis de mettre en lumière les « armes des faibles » utilisées pour atténuer les effets de la domination. Relevant de la « résistance quotidienne », elles prennent la forme de dérobades, de petits larcins, de blocages temporaires, et sur le plan symbolique, de calomnies, de racontars, de surnoms visant à ternir des réputations. Ses conclusions contredisent les concepts marxistes et gramsciens de « fausse conscience » et d’« hégémonie », puisqu'elles soutiennent que les dominés agissent de façon rationnelle, en pleine conscience des limites de leurs ressources politiques, économiques et symboliques.
Alors que les insurrections paysannes de grande ampleur ont suscité un engouement académique, renforcé par des données historiques et des archives plus fournies, bien qu'elles soient rares et quasiment toujours écrasées, sans obtenir jamais plus que quelques concessions arrachées à l'État ou aux propriétaires, ou un répit face à de nouvelles conditions de production, il préfère chercher à comprendre les formes quotidiennes de résistance paysanne qui s'arrêtent bien en-deçà des actes de défi collectifs délibérés. « Elles nécessitent peu ou pas de coordination ou de planification, représentent souvent une forme d’auto-assistance, et évitent la plupart du temps d'entrer en confrontation directe avec l'autorité ou avec les normes imposées par l’élite. » De par le monde, nombre de programmes gouvernementaux impopulaires ont en effet été « grignotés jusqu’à l’os par la résistance passive », de l'effondrement de l'armée confédérée et de l'économie du Sud lors de la guerre de sécession aux États-Unis aux formes impopulaires d'agriculture collectivisée. Souvent informelle, clandestine et intéressée par des gains immédiats et de fait, la résistance quotidienne est quasiment impossible à vaincre, ne s'aventurant jamais à contester les contours formels de la hiérarchie et du pouvoir, tandis que la subordination ouverte provoque des réactions plus rapides et plus féroces. Elle est bien documentée dans le cas de l’esclavage en Amérique. La discrétion et l’anonymat indispensables, ainsi que le peu de publicité faite par l’État sur ces insubordinations, contribuent à entretenir un stéréotype sur la paysannerie, « comme une classe alternant entre de longues périodes de passivité servile et des explosions de rage à la fois brèves, violentes, et futiles ».
Au contraire des tendances en sciences sociales à étudier les relations de classe sans s’attacher aux expériences des agents au centre de l’analyse, il revendique la nécessité d’étudier ces « acteurs en chair et en os » et appuie son approche sur la phénoménologie ou l’ethnométhodologie. Dans un village paysan, la classe est en concurrence avec les liens de parenté, de voisinage, d’affiliation politique, de religion, etc. « Le concept de classe, s'il est présent, l’est encodé dans des expériences concrètes et partagées qui reflètent à la fois la réalité culturelle et les données historiques des personnes concernées. »

Il consacre ensuite un chapitre à décrire « le décor de la résistance » : 

  • Le modèle de croissance de la Malaisie fondé sur les exportations de bois tropicaux, d’étain, de caoutchouc et d’huile de palme dans lequel le secteur rizicole n’est pas une priorité de l’État.
  • L’attention portée sur ce secteur pour garantir l'approvisionnement en riz pour la consommation intérieure.
  • La mise en place de la Nouvelle politique économique, un ensemble de réformes « molles », sans volonté de restructuration profonde des relations de propriété ni des droits s’y rattachant, pour traiter les problèmes de pauvreté et les écart croissants entre revenus qui devenaient une menace pour la paix sociale et l'hégémonie électorale du parti dominant depuis l'indépendance : l'Organisation nationale des Malais unis (UMNO).
  • L'incidence réelle de ces programmes (financement d’infrastructures et de biens collectifs, aide à la réinstallation) sur la réduction de la pauvreté.
  • Les résultats de la double culture lancée au début des années 1970 : augmentation de la production jusqu'à 2,5 fois le niveau antérieur, augmentation des revenus moyens de moitié, mais de façon disproportionnée pour les grands propriétaires de terres ou de capital, disparition de la malnutrition, de l’anémie, de la mortalité infantile et de l'immigration à l’entre-saison. Mais dès 1978, les moissonneuses-batteuses éliminent une grande partie des nouveaux emplois.

11% des exploitations mesurent plus de 10 relong (2,8 hectares), représentant 42 % de la surface rizicole. La majorité des propriétaires, 61,8 %, possèdent des surfaces inférieures à un hectare, qui est le minimum pour dépasser le seuil de pauvreté. Avec la double récolte, la valeur des terrains a été multipliée par cinq.
On retrouve trois régimes : les propriétaires exploitants, les paysans métayers qui louent des terrains pour les cultiver, et les propriétaires métayers. Mais il n'est pas rare de rencontrer des cultivateurs qui exploitent leur propre terrain, en louent un second et font occasionnellement la moisson sur d'autres champs contre un salaire. Cependant, la double moisson, les rendements plus élevés grâce à la distribution d’engrais gratuit et la mécanisation ont poussé les propriétaires à cultiver eux-mêmes leurs terres ou à les diviser entre leurs descendants. Le métayage a ainsi complètement disparu.
Il ne sera pas possible de rapporter tout ce qu’évoque l’auteur – tableaux à l’appui  : 

  • le remplacement des loyers versés en espèce ou en part de récolte après celle-ci, par des pajaks, contrats locatifs longue durée (jusqu’à dix ou douze saisons) dont le loyer est payé en une seule fois au moment de la signature du contrat.
  • L’impact de la mécanisation sur les différentes étapes de la culture : préparation de la terre, repiquage, récolte et battage.
  • Le rôle l’antenne locale de la Muda Agricultural Development Authority (MADA) et des associations d’agriculteurs dans la distribution des crédits… à ses membres.


Sedaka compte 74 foyers, disposés de part et d’autre d’une piste de terre d’un kilomètre et demi. Deux commerces de proximité se partagent la clientèle en fonction de leur affiliation politique. Le montant des loyers suivait, en 1979, un système à deux vitesses : 

  • inférieur au prix du marché en cas de lien de parenté ou de voisinage.
  • supérieur au montant maximal fixé en proportion de la récolte moyenne pour les autres.

Avec l’utilisation des tracteurs (possédés par quatre villageois), l’usage des buffles (dont pratiquement chaque foyer dispose), le glanage comme stratégie de subsistance ont quasiment disparu. Le système kupang, somme d'argent fixe pour une journée ou une matinée de travail, se développe et remplace les négociations antérieures. Après l'apparition des moissonneuses-batteuses, l'habitude de la « dîme islamique privée » a disparu également. L’ensemencement se fait de plus en plus à la volée, empiétant sur le repiquage manuel, grande source de travail salarié. Peu à peu, c’est le lien économique traditionnel entre riches et pauvres qui disparaît tandis que la migration pendulaire lié au travail salarié en ville, est en train de devenir un mode de vie.
Mi-1978, une polémique a eu lieu à propos de la gestion du programme d'aide aux victimes de la sécheresse dont ont bénéficié les partisans de Mada, en pleine campagne pour les élections législatives. Fin 1979, c'est la distribution aux seuls proches de UMNO de 20 000 M$ du fond consacré au « programme de développement des villages » qui a provoqué la controverse. Toutefois, une majorité de villageois demeurent membres du PAS, pour de multiples raisons, notamment familiales et par « opposition populiste aux politiques gouvernementales et aux inégalités qu’elles engendrent ».

James C. Scott étudie ensuite ces événements et leurs conséquences « à travers le regard partisan de deux groupes de villageois – les gagnants et les perdants. », rapportant différents propos et analyses de ceux-ci. Au-delà de leurs antagonismes de classe, tous les cultivateurs ont certains intérêts en commun, notamment obtenir un prix garanti le plus haut possible, aussi est-ce « une lutte des classes continue de basse intensité qui se joue », faite de résistances sporadiques et de guerre des mots.
Si tout le monde est d’accord pour reconnaître que la double culture a entraîné des effets bénéfiques et que désormais tous les habitants ont pratiquement assez de riz à manger sur l'année, des mécontentements demeurent. Les cultivateurs aisés, pourtant principaux bénéficiaires, se plaignent de l’impossibilité d'acheter de nouvelles terres, du coût de la vie, des difficultés à recruter de la main-d’œuvre et de la disparition du temps libre entre deux récoltes. Ils ne reconnaissent pas la moindre amélioration et considèrent que les pauvres s'en sont mieux sortis. Les villageois les plus précaires mesurent avec précision ce qu'ils ont perdu en salaire, en travail en don.
Un sentiment très fort s’exprime au sein du village, que l'ordre naturel des relations économiques locales a été bouleversé par la moissonneuse-batteuse. Désormais, une « machine récolte tout l'argent » et « l'argent quitte le village ». Les considérations morales sont aussi omniprésentes dans les discours des pauvres, au sein d'une communauté régie par ses obligations des uns envers les autres « au-delà de leurs intérêts matériels immédiat » : ceux qui possèdent plus que pour couvrir leurs besoins devraient louer aux plus pauvres, sous peine d’être désignés comme avares. Les riches, pour justifier leur désengagement, insinuent qu’aider les pauvres par la charité ne fait qu'encourager des comportements blâmables. « La lutte idéologique menée pour définir le présent porte également sur la définition du passé. »

Un chapitre est consacré au « travail idéologique » des riches cultivateurs pour se débarrasser du « contexte normatif capitaliste de la vie au village » afin de se défaire de leurs obligations sociales : « Leur stratégie avec sa logique, ses applications et les résistances qu'ils rencontrent en chemin ». « Les croyances et les pratiques gouvernant les relations de classe ne sont pas figées, car comme tout ensemble de normes elles sont le produit historique de luttes et de négociations constantes. Il est toutefois possible d'identifier les grandes lignes de ce que ce processus de lutte a engendré, et qui forme l'environnement normatif du discours actuel. » L’aide apportée par un villageois à un autre est décrite avec le verbe tolong qui suppose un retour d’ascenseur équivalent (mais non identique), manière, pour les pauvres, de sauver les apparences et d’occulter l’humiliation d’être perçus comme inférieurs et dépendants. Tandis que les membres des classes supérieurs cherchent à présenter leurs gestes comme des faveurs, ceux des classes inférieures s’efforcent de les transformer en droits. Ces normes sociales sont aussi renforcées par la religion. L’auteur montre ensuite comment ce « contexte normatif » est l’objet de variations et de conflits d’interprétations : les riches contestent cette qualification en affirmant qu’ils parviennent tout juste à joindre les deux bouts. Comme ceux-ci contrôlent la scène publique, c’est seulement en privé que les pauvres les désignent comme tels. De la même façon, ces derniers cherchent à accentuer leur pauvreté. L'écart économique est également sujet à variation selon les points de vue. Il ne s'agit pas « de triviales différences d'opinion à propos de faits », mais de « la confrontation entre deux constructions sociales de ces faits, chacune étant imaginée et employée pour promouvoir les intérêts d'une classe particulière ».
L’auteur revient sur deux conflits qui ont agité le village : à propos du portail à l'entrée du chemin qui permet de prélever une taxe pour l'entretien de celui-ci, puis de la distribution hautement partisane de matériaux de construction dans le grand cadre du Programme d'amélioration des villages.
Il explique que la pauvreté n'est pas simplement un manque d'argent ou de calories – d'autant qu’à Sedaka personne n'est en danger de mourir de faim – mais surtout une incapacité de s’inscrire dans un ensemble d'égards culturels minimum qui permettent de définir le sens de la pleine citoyenneté au sein de la société locale.

Il observe ensuite « la lutte non spectaculaire mais omniprésente dirigée contre les conséquences du développement du capitalisme porté par l'État dans les campagnes ». Les profits de la double culture pour la classe dominante reposent plus sur la mise à l'écart et le remplacement des pauvres que sur leur exploitation directe. La complexité de la structure de classe à Sedaka, ainsi que les liens familiers, d’amitié, d’appartenance politique, de patronage et de pratique rituelle qui traversent les classes, rendent difficile la formation d'une opinion collective, et représentent un frein à l'action collective sur la plupart des enjeux. Il relève également l’extrême mobilité des populations rurales de Malaisie, prêtes à déménager et défricher un nouveau domaine ou partir travailler en ville, qui ont ainsi l’habitude de « voter avec leurs pieds ». Enfin, ce que Marx a nommé « la contrainte muette des rapports économiques », l'impératif quotidien de gagner sa vie, constitue un ultime obstacle à la résistance ouverte. 
Il documente et décrit différentes stratégies observées :

  • Rumeurs de boycott et refus, de la part des femmes, de leurs services de repiquage aux propriétaires qui loueraient des moissonneuses, sous forme de fausses excuses mais à propos desquelles les cultivateurs n’étaient pas dupes.
  • Le « syndicalisme sans syndicat » avec des grèves non nommées pour faire pression sur les salaires.
  • Une solidarité entre pauvres, tentés d’entrer en concurrence les uns contre les autres, maintenue par les sanctions qu’ils peuvent infliger afin de s'assurer que personne ne sortent du rang.
  • Vol de fruits et surtout de riz (dans les poches ou la chemise) aux habitants les plus riches, sorte d'impôt prélevé par les pauvres pour remplacer les cadeaux et les salaires qu'ils ne reçoivent plus.
  • L'abattage par les pauvres de petits et plus rarement de gros bétail, qui causent des nuisances considérables faute d'enclos et de barbelés.

Une « répression routinière » (avertissements indirects, arrestations,…) tentent de maintenir « des frontières qu’aucun paysans sur ses gardes ne transgresserait délibérément ». « En d'autres termes, le contexte coercitif crée et maintient un cadre de privation relative de pouvoir au sein duquel « la contrainte des rapports économiques » peut dès lors prélever son tribu quotidien. » Un minimum de gages publics d’obtempérance de la part des pauvres est nécessaire lorsque les moyens d'existence reposent sur l'économie du village même s'il ne correspond pas aux opinions privées.
Des formes de résistance plus symboliques s’observent également : ragots, calomnies et commérages malveillants derrière lesquels sont désignées implicitement une règle ou une norme qui auraient été enfreintes.
James C. Scott conteste le « mélange de présupposés léninistes aussi bien que bourgeois » qui considère comme triviales ces actions mineures ou fugitives, et que la « vraie résistance » ne pourrait être qu’incarnée par des luttes organisée et à prétentions révolutionnaires. Ainsi la désintégration de l’armée russe ou de celle de Tchang Kaï-chek était le résultat de petits actes intéressés d’insubordination mais qui, mis bout à bout, ont créé une situation révolutionnaire. « Ignorer l’élément intéressé de la résistance paysanne revient à ignorer le contexte déterminé de la politique paysanne mais aussi de la plupart des agissements politiques des classes inférieures. C'est précisément la fusion de l'intérêt et de la résistance qui est la force vitale animant la résistance des paysans et des prolétaires. »

Le dernier chapitre est consacré à une discussion du concept gramscien d’hégémonie. James C. Scott analyse la « double manipulation symbolique de l’euphémisation » du pouvoir économique. En contestant, même très discrètement, la position idéologique des riches, les pauvres démontrent qu’elle les convainc peu. Les riches, eux-mêmes, en prenant en compte certains besoins des pauvres, contribuent à fragiliser leur domination idéologique. L’hégémonie doit, en théorie, assurer la paix sociale sans recours à l’appareil coercitif de l’État, mais l’auteur soutient que le capitalisme, pas plus que la féodalisme, n’est parvenu à la faire intérioriser par les classes subordonnées : l’obtempérance apparente ne découle pas nécessairement d’un soutien idéologique actif, mais aussi d’une résignation rétive.  « Je crois que Gramsci fait erreur quand il affirme que le radicalisme des classes subordonnées réside davantage dans leurs actes que dans leurs croyances. C'est même plutôt l'inverse. Le comportement – en particulier dans les situations de pouvoir – est précisément le domaine où les classes dominées sont les plus contraintes. Et c'est au niveau des croyances et des interprétations – où elles peuvent s'aventurer sans risque – qu’elles sont les moins entravées. » La fonction première d'un système de domination est de « définir ce qui est réaliste et ce qui ne l'est pas, de « reléguer certains buts et certaines aspirations dans le domaine de l'impossible, du rêve futile, des vaines espérances ». En 1788, peu de paysans français parlaient des châteaux qu'ils allaient saccager en 1789, comme peu de paysans russes discutaient en 1916 des terres qu'ils allaient s'approprier en 1917, mais ils conservaient « une autonomie considérable pour construire une vie et une culture qui ne so[ie]nt pas entièrement contrôlées par la classe dominante ». « La sous-culture relativement non censurée des classes subordonnées est à chercher dans les lieux où elle est créée, derrière la scène », et n'est pas une réfutation systématique de l'idéologie dominante. Ainsi, il considère qu’ « aucun ordre social ne semble inévitable » puisque nombre de pratiques rituelles renversent la distribution des statuts et des récompenses au sein de l’ordre social existant. Les pensées millénaristes et utopistes envisagent également un changement radical dans la distribution du pouvoir, de la richesse et des statuts. « La croyance au retour d'un roi juste, similaire à celui tsar-délivreur en Russie, représente un exemple frappant de la façon dont un mythe autrefois conservateur de royauté divine peut, dans les mains de la paysannerie, être transformé en mythe révolutionnaire par une sorte de ju-jitsu symbolique. Si la royauté en soi est maintenue symboliquement, le roi réel et l'ordre social qu'il représente sont niés. »
« Une idéologie hégémonique requiert, par définition, que ce qui relève en réalité de l'intérêt particulier soit reformulé et présenté comme un intérêt général. » Pour avoir le moindre espoir d'obtenir une obtempérance, elle doit  toutefois tenir au moins une partie de ses promesses. Son érosion ou la lutte des classes proviennent de son incapacité à tenir celles-ci.
L’auteur rappelle que les ouvriers allemands de la Ruhr après la Première Guerre mondiale et avant leur révolution prolétarienne spontanée, pas plus que le prolétariat russe à la veille de la révolution bolchevique, ne présentaient de signe de sentiments révolutionnaires. Leurs revendications traduisaient exactement « ce que Lénine aurait appelé une conscience réformiste ou syndicale ». Une crise révolutionnaire, dont des leaders pourraient ensuite tirer avantage, ne dépend ni d'une conscience révolutionnaire ni d'une idéologie élaborée.
« Historiquement c'est le capitalisme qui a transformé les sociétés et brisé les rapports de production existants. Même un regard rapide jeté sur l'histoire montrera que le développement capitaliste requiert toujours la violation du “contrat social“ antérieur, qu'il avait, dans la plupart des cas, d'abord contribué à créer et à maintenir. » « Les enclosures, l'introduction de la machine agricole, l'invention du système manufacturier, l'utilisation de l'énergie vapeur, le développement de la chaîne de montage, et aujourd'hui la révolution de l'informatique et de la robotique, ont tous eu des conséquences matérielles et sociales massives qui ont sapé les conceptions antérieures du travail, de l'équité, de la sécurité, de l'obligation et des droits. »

Avec cette étude minutieuse, James C. Scott dévoile les rouages des rapports de domination et remet en cause le fameux concept d’hégémonie idéologique. Il met ainsi en lumière ce qu’il nomme « les armes des faibles », souvent invisibilisées par l’historiographie et invite à ne négliger ni leur rôle ni leur importance.

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier

LES ARMES DES FAIBLES
Formes quotidiennes de la résistance paysanne
James C. Scott
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Olivier Ruchet avec la collaboration de Christophe Jacquet
592 pages – 28 euros
Éditions Klincksieck – Collection « Critique de la politique » – Paris – Octobre 2025
www.klincksieck.com/livre/9782252047743/les-armes-des-faibles
Titre original : Weapons of the Weak. Everyday Forms of Peasant Resistance, Yale University, 1985


Du même auteur : 

LA DOMINATION ET LES ARTS DE LA RÉSISTANCE

HOMO DOMESTICUS - Une Histoire profonde des premiers États

L’OEIL DE L’ÉTAT - Moderniser, uniformiser, détruire

ZOMIA ou l’art de ne pas être gouverné

PETIT ÉLOGE DE L’ANARCHISME

 

 

 

 



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