8 janvier 2026

PLEIN CHANT

Décédé cet automne, à l’âge de 81 ans, Edmond Thomas a publié plus de cinq cents livres, au sein des éditions Plein chant qu’il a fondé. Retour sur son parcours.

Il raconte (à Nathan Golshem, Klo Artières et Frédéric Lemmonier qui ont ensuite retranscrit ses propos) comment il se fait virer de l’apprentissage, le certificat d’études primaires en poche, parce qu’il fait l’école buissonnière pour trainer avec les blousons noirs du 15e arrondissement parisien, où il vit avec sa mère et sa sœur. Un voisin lui dégote une place chez Brodard & Taupin où il va lire tout ce qui lui tombe sous la main, notamment les collections du « Livre de poche » et de la « Série noire », avant de tomber, un jour, sur Paroles de Jacques Prévert. Dans les boites des bouquinistes sur les quais, il découvre Nouvel âge littéraire de Henry Poulaille, qui lui a révélé l'existence de « toute une littérature méconnue de la critique littéraire, des libraires et des universitaires, une littérature restée sous le boisseau, une littérature que l'auteur appelait prolétarienne ». Un copain d’école qu’il continue de côtoyer et à qui il a du évoquer son « fort intérêt pour la lecture et les livres », le présente à son père, Fernand Tourret, poète proche de la revue La Tour de feu, installée en Charente, avec qui il va chiner et participer aux réunions des collaborateurs parisiens de celle-ci. Avec d’autres copains du quartier, il monte une revue poétique, Zymaze, dont il est le rédacteur en chef. Il devient préparateur de commandes chez Armand Collin. Ses goûts s’affinant, il reconnait devoir sa culture poétique à la collection « Poètes d’aujourd’hui », chez Seghers, et regrette d’avoir rencontré tardivement Henry Poulaille, à cause de sa « timidité mal placée ». Embauché en 1968 par Yves Lévy, dans sa librairie de livres rares et anciens, il fréquente la librairie À La Joie de lire et confie à François Maspero sa passion pour les livres de poésie écrit par des ouvriers du XIXe siècle, le plus souvent artisans : « Ce qui me touchait dans cette littérature, c'est qu'il s'agissait de gens submergés par leur vie professionnelle qui trouvaient tout de même le temps d'écrire. Comme une sorte de phénomène de création littéraire à l'état brut. » Il l’encourage à réaliser une anthologie – bien que la plupart de ces auteurs étaient en réalité royalistes ou bonapartistes – qui paraîtra en 1979.

À l’été 1971, après la faillite d’Yves Lévy, avec la mobylette de la boutique qu’il lui laisse – et qu’il gardera 38 ans –, il prend la route de la Charente, lieu de réunions annuelles de La Tour de feu et rencontre Marylou, chez des amis qui l’hébergent, à Bassac. Tous deux s’installent dans une partie de l’abbaye du village, où il va éditer la revue Plein chant, sur une ronéo, puis des « suppléments », sous forme de petits livres. Associé à Georges Monti – qui fondera ensuite les éditions Le Temps qu’il fait –, il acquiert une imprimerie offset auprès des militants de Parti socialiste de Boulogne-Billancourt. Constatant qu’il ne pourrait vivre de l’édition, il imprime aussi pour d’autres, pour faire bouillir la marmite. Ne pouvant répondre aux commandes, il embauche et accepte d’autres boulots pour payer les salaires. « L’engrenage infernal était enclenché. »

Il évoque différentes évolutions techniques, mais aussi, évidemment, nombre de ses publications : « L’humain au couteau, voilà ce que je cherche. » Autodidacte, il a appris les principes de mise en pages et de graphisme en regardant les livres qu’il trouvait beau sans savoir pourquoi (même s’il reconnait devoir beaucoup à Pierre Faucheux, dont il a suivi deux ou trois cours quand il travaillait chez Armand Collin). « Je ne suis pas un érudit, contrairement à ce que certains ont pu dire. L'érudition, ça se construit sinon avec des diplômes, du moins avec des études assidues. Mon savoir est fait de bric et de broc, il se fonde sur l'observation. »

Dans un texte personnel, qui suit ce long compte-rendu d’entretiens, il développe un peu plus l’évolution technique et revient sur certaines personnes, confères et auteurs, certains titres en particulier. On sent qu’il aimerait les citer tous.


Les éditions de L’Échappée, sensibles aux images et au bel ouvrage, ont enrichi celui-ci d’une profusion d’illustrations. Un témoignage captivant qui donne envie de découvrir nombre de publications. Ce que nous ne manquerons pas de (continuer à) faire, bien évidemment.


Ernest London

Le bibliothécaire-armurier



PLEIN CHANT

Histoire d’un éditeur de labeur

Edmond Thomas

Propos recueillis et transcrits par Nathan Golshem, Klo Artières et Frédéric Lemmonier

172 pages – 18 euros

Éditions L’Échappée – Collection « Le peuple du livre » – Paris – Septembre 2025

www.lechappee.org/collections/le-peuple-du-livre/plein-chant


Site de la maison d’édition : pleinchant.fr/index.html



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