En racontant une poignée de moments décisifs savamment choisis de la vie de Donald Trump, Stefano Massini brosse un portrait caustique d’un entrepreneur avide de pouvoir, éclairant les ressorts psychologiques d’une personnalité pour le moins déroutante.
Ainsi, à six ans, il est surpris par le directeur de son école en train de faire croire à ses camarades qu’un billet de un dollar est équivalent à un billet de 10 dollars, puisque leur enseignante leur a expliqué que le zéro ne représente rien. Et comme il préfère le portrait des billets de 10 dollars, il est prêt à racheter les leurs deux dollars.
Particulièrement soucieux de son image, le « golden boy » ne jure que par l’or (parce qu’il ne s’altère jamais). Une des scènes d’introduction reprend « la ruse de Jacob » – qui plaçait des branches tachetées devant ses brebis pour qu’elles enfantent des agneaux tachetés – avec l’arrivée d’un téléviseur chez les Trump juste avant la naissance du petit dernier, devant lequel sa mère perd les eaux. Et, effectivement, le 26 avril 1986 à 18 h 23, alors que le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl vient d’exploser,
« son propre visage
multiplié
sur 240 écrans de télévision
jusqu'au plafond
dans le hall du Trump Plaza »
apparaîtra, et des centaines, des milliers, des millions de fois, sur chaque écran dans son dos.
Afin de contourner la réglementation et construire la plus haute tour de New York, il laisse le rez-de-chaussée accessible au public. Ainsi, le bâtiment échappe aux normes contraignants les lieux privés.
Une seule obsession semble le hanter : ne jamais rien devoir à personne. Ne plus le capitaine de l’équipe de base-ball nommé par qu’elqu’un. Ne plus travailler pour l’entreprise familiale fondée par sa grand-mère mais diriger la sienne. Inspiré par ses modèles, le général Custer (qui ne l’a jamais été !) et Mohamed Ali, rien ne l’arrête. Il bluffe, ment et triche pour satisfaire son ego. Un chauffeur vient le chercher en Cadillac chaque jour à quelques rues de ses bureaux, situés pas tout à fait au cœur de Manhattan (malgré ce qu’annonce ses cartes de visite). Il comprend que pour s’enrichir, il doit offrir aux riches des occasions de dépenser, leur permettre d’exhiber ce fameux luxe ostentatoire, identifié par Thorstein Veblen. Dès lors, l’immobilier devient accessoire. Chaque prise de conscience est mise en scène, reliée aux autres par des réflexions récurantes qui viennent rythmer le récit à la manière de refrains.
On retrouve la « marque de fabrique » de Stefano Massini : son écriture saccadée – effet rendu par le renvoi à la ligne, après chaque mot ou chaque groupe nominal – et répétitive, presque obsédante, hypnotique. La forme est déjà pratiquement théâtrale : la narration ainsi pré-partagée, prête à se laisser emparer par un chœur, et les monologues des deux parents. Matière première offerte aux comédiens et comédiennes. Toutefois, la publication sous l’appellation de roman est sans doute une promesse de lecteurs plus nombreux. Le dispositif narratif ingénieusement huilé parvient à ses fins, dévoilant les motivations narcissiques et la logique sans scrupule de Donald Trump :
« Si tu veux avoir la vie sauve,
Donald, jette à la mer
tous tes lests :
conscience
éthique
moralité
jugement
dignité
respectabilité »
Le résultat est glaçant, au regard de l’actualité et des menaces qu’il profère au quotidien, puisqu’il est descendu « dans la fourmilière », pour « contrôler vraiment la ville », « connaître ses égouts » et contrôler « l’Olympe entier ».
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
DONALD
Stefano Massini
Traduit de l’italien par Nathalie Bauer
272 pages – 20 euros
Éditions Globe – Paris – Janvier 2026
editions-globe.com/donald
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