1 juin 2026

LE TRIMARD

« De temps en temps, dans les journaux, les magazines et les dictionnaires biographiques, je tombe sur des articles me concernant, dont les formules délicates apprennent que c'est pour étudier la sociologie que je suis devenu vagabond. L'attention de ces biographes est fort aimable, mais leur assertion est inexacte. Je suis devenu vagabond – eh bien, en raison de la vie qui coulait en moi, du goût de l'aventure que j'avais dans le sang et qui ne me laissait pas de répit. La sociologie n'a avec cela qu'un rapport indirect ; elle est venue après, de la même manière qu'on est mouillé après un plongeon. » À 18 ans, Jack London prend la route pour « brûler le dur » et voyager comme passager clandestin sur ou sous les trains qui traversent les États-Unis. Du journal qu’il tient alors, il tirera, quelques années plus tard, ce récit.
Immédiatement, il est confronté aux difficultés matérielles élémentaires : « Apparemment, j'allais être contraint de m'adresser aux très pauvres pour me nourrir. Les très pauvres constituent la dernière ressource assurée du vagabond affamé. On peut toujours compter sur les très pauvres. Jamais ils ne repoussent ceux qui ont faim. » Bien qu’il n’ait jamais demandé à quiconque de le nourrir, il apprend rapidement à raconter des histoires en mendiant : « J'ai souvent pensé que c'est à cet entraînement de mes jours de vagabondage que je dois dans une large mesure d'avoir réussi comme conteur. » Il brosse bien sûr le portrait de quelques spécimens rencontrés et relate moult anecdotes sur l’abordage des convois, les efforts des personnels pour le « balancer » au fossé, les ruses pour déjouer leur surveillance, les conditions de voyage souvent pénibles. Arrêté, jugé et emprisonné, il rapporte l’arbitraire de son procès et le quotidien du pénitencier.
À l’aide d’anecdotes et de souvenirs, London présente aussi la culture des hobos : leurs surnoms, les inscriptions sur les piliers des citernes d’eau, véritables « annuaires des vagabonds », leurs rites d’initiation,… Pendant un temps, il fréquente une « arrière-garde » de « l’armée du général Kelly », comprenant deux milles vagabonds et en donne un récit particulièrement épique.

Chronique autobiographique, écrite dans un style particulièrement truculent, des quelques années d’une expérience fondatrice. Témoignage de première main sur le quotidien des voyageurs du rail. En s’employant à noter ses impressions, Jack London a développé son talent d’observateur puis, en les mettant en forme, a affiné sa virtuosité à nous embarquer dans ses récits.

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier

LE TRIMARD
Jack London
Dessins de Simon Roussin
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Chénetier
208 pages – 22 euros
Éditions Gallimard – Collection « Le sentiment géographique » – Paris – Avril 2026
www.gallimard.fr/catalogue/le-trimard/9782073152787


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Voir aussi :

VAGABONDS DE LA VIE - Autobiographie d’un hobo




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