Convaincue qu’ils seront épargnés, s’ils ne prennent part ni partis, elle s’était déjà opposé à la décision de son mari. Pour cela, elle est incomprise et soupçonnée de soutien aux franquistes par les habitants du village. Lorsque son frère Pedro arrive pour récupérer les fusils du défunt, elle s’obstine et refuse.
Brecht lui oppose tous les arguments possibles qui n’entament nullement sa détermination, alors même qu’à Malaga, les canons des navires, les bombes et les mitrailleuses des escadres aériennes ont fauché 50 000 civils en fuite, sur plus de 200 kilomètres. Elle s’enferme dans son entêtement, jusqu’à l’ultime scène où on lui rapporte le corps de Juan, abattu sans raison par les gardes-côtes… Non, décidément, la neutralité n’est pas un choix : « J'ai lu souvent que les gens qui s'en lavent les mains, le font dans une eau souillée de sang. »
Écrite alors que les pays européens s’entendent pour une non-intervention, cette pièce, qui se déroule pendant que cuit le pain, n’en pause pas moins une question universelle et intemporelle.
Ernest London
Le bibliothécaire-armurier
LES FUSILS DE LA MÈRE CARRAR
Bertold Brecht
Traduit par Gilbert Badia
178 pages – 14 euros
Éditions L’Arche – Paris – Octobre 2019
Titre original : Die Gewehre der Frau Carrar, 1937.
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