22 août 2026

JOGGING

Rencontre avec une poignée de personnages à travers le temps, grâce au portail temporel d’un bunker.

 

Un milliardaire  sort sur le pas de son refuge, au sommet d’un fjord norvégien, pour tenter de capter du réseau. Il nous apprend que « cette année même à NY, ils ont les pieds dans l'eau ! Et je te parle pas de l'insécurité, les pauvres qui ont faim, les migrants dans leurs canaux et tout le tintouin ! » Sa femme aurait préféré partir avec les Mougeot, sur Mars, mais ils ne pouvaient pas se payer la place. En même temps, « ça fait six mois qu'ils sont dans leur vaisseau en train de bouffer du cassoulet en poudre ». Quand la brume s’estompe, il découvre des centaines de personnes à ses pieds et essaie de les refouler chez son voisin, Pinault.

« On est en 2088, les champs sont stériles, les poissons ont disparu, le dernier couple de mésanges est au zoo de La Flèche et il fait 38 degrés à Noël. » Le Colonel De Bertex annonce ses mesures, dans le cadre d’une opération spéciale afin d’instaurer « une bonne vieille… dictature écologiste ». Parce qu’ « il est donc grand temps de mettre les climatoseptiques dans la fosse du même nom ! »  et que, face à l’afflux de réfugiés et parce que le gouvernement ne pourra pas s'occuper de tout le monde, le recours à l’armée va s’avérer nécessaire : « Mais nous notre truc, c'est pas de distribuer des couvertures et de servir de la soupe. Chez nous la roquette c'est pas de la salade ! Notre boulot c'est de tuer les gens. C'est ça, notre cœur de métier ! »
Il va falloir arrêter les vaches : réquisition et « dernière tournée d'entrecôtes pour tout le monde ! » Culture de plantes économes en eau : sarrasin et chanvre. Avec les crêpes–ganja et le 51 pur, « personne ne se plaindra d'être devenu végétarien ! » « Bienveillance obligatoire ! Toute domination sera sévèrement punie ! » « Alors, arrêtez un peu de corriger des copies et de signer des pétitions… L'armée recrute ! »

Un préfet détaille les consignes gouvernementales, « dans le contexte de la recrudescence de l'épidémie de Colique 24 » : « Vous allez porter des couches, et les changer toutes les quatre heures. Au début on vous a dit que cela ne servait à rien, mais on a changé d'avis, donc elles sont indispensables. » « Aérer bien les pièces pour que l'air circule, mais interdiction d'aller dehors, où l'air circule. Trop. » « Notre projet c'est une société sans contact. Moins de tact, plus de cons, moins de contacts ! »

Patrick n’en a rien à foutre de la politique. « Ça se saurait si ça servait à quelque chose de manifester ! Qu'est-ce que tu crois, ils en ont rien à carrer là-haut, des sans dents ! » Puis il monte à Paris, pour la première, parce les autres ont débrayé, à la boîte. Il allait pas rester tout seul comme un con. Il rentre métamorphosé, bien décidé à y retourner le week-end suivant, avec Matéo, son fils, pour faire son « éducation citoyenne ». Dans le bus, il prend le micro : « Bon j'ai dit de la merde parce que je ne sais pas parler, mais je l'ai dit avec sincérité tu vois, et à la fin, ils m'ont tous applaudi, et quand je suis revenu m'asseoir, mon fils il me regardait, et il y avait de la fierté dans ses yeux. » Mai 68, 1971, 1789, les Gilets jaunes se mélangent alors dans son récit. Et quand Matéo est blessé, par la violence de la répression, il se met à cogner. Et « le gitan de Massy » est apparu et « s’est mis à les cogner, à les cogner à mains nues ».

Djoule, en jogging Cheetos® et dans une langue toujours aussi inventive, drôle et caustique, interprète une chanson du même tonneau.

André fait le lien entre chacun (et quelques autres). Avec beaucoup de poésie, il exprime son désarroi et incite la jeunesse à ne pas suivre les règles de leurs ainés et à avoir « moins de peur… que d’amour ». Il demande aussi « pardon d’avoir échoué »: « Nous avons rabougri nos rêves. Nous avons failli ! Nous avons failli… »

Cette galerie, incarnée de façon fort impressionnante par l’auteur him self, telle que nous avons pu l’acclamer au Festival de Théâtre de rue d’Aurillac, propose, dans un grand éclat de rire (noir), un aperçu de l’avenir qui nous attend, à moins que nous ne prenions enfin nos affaires en main. Salutaire !

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier


JOGGING
Gildas Puget
94 pages – 10 euros
Auto-éditions – Lorient – Août 2025
www.qualitestreet.com/store/product/livre-jogging#&gid=1&pid=1

 

 

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