10 août 2026

TENIR LA RUE

Matthias Boucherot s’intéresse aux groupes d’action et d’autodéfense de la SFIO, constitués face à la violence de l’extrême droite, en particulier après le 6 février 1934.

En 1909, le premier service d’ordre socialiste est créé à l'occasion des manifestations de soutien à Francesco Ferrer, collaborant avec la préfecture de police de Paris, puis en 1911 les Jeunes Gardes révolutionnaires, sous l’influence de Gustave Hervé et la direction d’Almereyda, plus insurrectionnels, dans la tradition blanquiste. Ces deux groupes disparaissent après guerre. Des étudiants socialistes révolutionnaires s’organisent aussi, pour lutter contre les Camelots du roi, omniprésents dans le Quartier latin.
Dès 1929, les fédérations socialistes de la région parisienne, acculées par les attaques des militants communistes, prennent les premières mesures de protection de leurs réunions publiques et constituent leurs premiers groupes d'autodéfense, renouant avec ces expériences antérieures, s’inscrivant dans un cadre légaliste et reposant sur une conception de l’autodéfense de leur liberté d’expression. L’auteur rapporte de nombreux faits pour illustrer son propos et les débats qui opposent Marceau Pivert, responsable de la fédération de la Seine, à d’autres dirigeants de la SFIO, plus modérés. 
En novembre 1934, sont créés les TPPS (Toujours Prêts Pour Servir), dépassement des anciens Groupes de défense (GD), qui deviennent offensifs  après l’agression contre Léon Blum par les Camelots du roi, le 13 février 1936. Marceau Pivert quitte la Bataille socialiste, gauche de la SFIO, en raison d’un désaccord avec Jean Zyromski, et forme la Gauche révolutionnaire, ainsi que des milices : la Garde populaire, à l’exemple des milices antifascistes barcelonaises de la CNT.
Suite à la violente répression de la manifestation de Clichy, le 17 mars 1937, qui provoque une division irréversible entre révolutionnaires et réformistes au sein de la SFIO, la Gauche révolutionnaire et son journal sont dissouts. Marceau Pivert fonde alors le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP).

La lecture d’un condensé d’un exposé historique, forcément parcellaire, pourra sembler fastidieux mais un tel zoom sur cet aspect du Front populaire est vraiment intéressant. Matthias Boucherot revient ensuite sur l’histoire, parallèle, des Groupes de défense antifascistes et des Jeunes Gardes antifascistes formés par le PCF dès 1926, puis sur l’autodéfense populaire, organisée dans les municipalités qu’il dirige après l’arrivée de Hitler au pouvoir. À partir de juin 1934, il y a une coordination unitaire avec les socialistes. 
Il s’intéresse à la sociologie de tous ces groupes, composés exclusivement d’hommes, majoritairement ouvriers et étudiants, souvent immigrés juifs d’Europe de l’Est et d’Afrique du Nord. Il documente également ce qu’il appelle la « militarisation du militantisme », en opposition avec la tradition pacifiste et antimilitariste de la SFIO, ainsi que le rôle du psychobiologiste russe Serge Tchakhotine, ancien assistant d’Ivan Pavlov, le théoricien des « réflexes conditionnés », qui considère comme insuffisant le discours marxiste classique qui vise « l'instinct de nutrition » pour capter les masses et qu'il est également nécessaire de s'adresser à l'instinct de combat : « Si les antifascistes continuent à “agir exclusivement sur le domaine des motifs de la raison“, ils ne peuvent être victorieux face au fascisme et il n'y a “nul l'espoir d'arriver au succès s’[ils] ne combatt[ent] pas les ennemis par les mêmes armes“. » (Voir : Le Viol des foules par la propagande politique) Il sera conseillé pour la propagande pour la direction de la SFIO et Marceau Pivert, responsable de l'adoption d'un certain nombre de rites et de symboles, dont le poing levé. La structuration des groupes de défense, selon une inspiration militaire classique, est présentée, leur préparation, leurs différents rôles (renseignement, protection des réunions et des locaux, attaque des vendeurs de journaux ou locaux adverses) et leurs actions les plus emblématiques.

À l’heure où la violence de l’extrême droite retrouve confiance et se répand, la question de l’autodéfense est plus que jamais légitime et d’actualité. Les expériences du passé, sans prétendre à une similitude de contextes, doivent alimenter les débats et les réflexions. Car l’antifascisme demeure un impératif moral catégorique.

Ernest London
Le bibliothécaire-armurier


TENIR LA RUE
Face au fascisme, l’autodéfense socialiste 1928-1938
Matthias Bouchenot
Préface de Frank Georgi
336 pages – 12 euros
Éditions Libertalia – Collection « Ceux d’en bas » – Montreuil – Mai 2026
www.editionslibertalia.com/catalogue/ceux-d-en-bas/tenir-la-rue
304 pages – 15 euros
Éditions Libertalia – Collection « Ceux d’en bas » – Montreuil – Mai 2014
www.editionslibertalia.com/catalogue/ceux-d-en-bas/tenir-la-rue-grand-format


Voir aussi :

FASCISME ET GRAND CAPITAL

FRONT POPULAIRE, RÉVOLUTION MANQUÉE

LA VÉRITABLE HISTOIRE D'UN PETIT GARS MONTÉ À PARIS POUR FAIRE LA RÉVOLUTION

Le Viol des foules par la propagande politique


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