Originaire des régions andines côtières, au nord-ouest de l’Amérique du Sud, dans une zone incluant la Colombie, l’Équateur, le Pérou et le Nord du Chili, la tomate est cultivée dans 170 pays. Elle dépasse les clivages culturels et alimentaires, les civilisations du blé, du riz et du maïs, identifiées par Fernand Braudel. Le chiffre d’affaire annuel de la filière s’élève à 10 milliards.
Deux années durant, Jean-Baptiste Malet a enquêté de la Chine à l’Italie en passant par le Ghana, rencontrant des agriculteurs, des cueilleurs, des généticiens, des traders, des fabricants de machines, des généraux chinois… À travers la tomate, marchandise devenue universelle, c’est l’histoire de l’industrialisation et du capitalisme mondialisé qu’il raconte.
Acteur et témoin des révolutions russes, théoricien, Vsevolod M. Eichenbaum, dit Voline (1882-1945) revient sur le processus complexe qui a conduit la Russie aux bouleversements de 1905 et 1917, tout en insistant sur leur spontanéité.
En août 2013, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a organisé la première cession de la Petite École zapatiste. Jérôme Baschet et Guillaume Goutte y ont tout deux participé. Tandis que le premier livre un témoignage brut de son expérience, le second propose une analyse de cette semaine de discussion, d’échange et d’apprentissage.
« Le mot anarchie vient du grec et signifie, à proprement parler, sans gouvernement » rappelle Errico Malatesta (1853-1932). Précision nécessaire car le terme est constamment dévoyé, associé au désordre et à la confusion, pour entretenir à dessein le préjugé que les gouvernements sont indispensables à la vie sociale. Ce fut, au temps de la monarchie, aussi le sort réservé au mot république. Il suffirait donc de persuader l’opinion que le gouvernement n’est non seulement inutile mais extrêmement nuisible pour que l’anarchie, de fait, signifie pour tous : ordre naturel, harmonie des besoins et des intérêts de tous, liberté totale dans la solidarité totale.
Bertold Brecht met en scène la vie de Galiléo Galiléi et nous invite à réfléchir sur les rapports de la science avec le pouvoir, sur la vérité et le mensonge.
Livraison estivale de cette revue trimestrielle qui s’attache notamment à briser le mur du silence autour de trois mensonges d’État.
Refusant de se résigner à la condamnation de Sacco et Vanzetti, John Dos Passos prend la plume et rédige ce virulent pamphlet, s’appuyant sur les milliers de page du procès pour démontrer leur innocence et la conspiration frauduleuse qui va les conduire à la chaise électrique.
En mars 1944, le Conseil National de la Résistance (C.N.R.) publie un programme ambitieux de réformes économiques et sociales, fondateur du fameux « modèle social français ». Attaqué depuis longtemps, c’est Nicolas Sarkozy qui s’applique le plus ouvertement à le démanteler, à partir de 2007.
Depuis plus de cinq cents ans, les Occidentaux dominent la planète. L’actuel ordre économique du monde imposé par les oligarchies du capital financier occidental est le produit des systèmes d’oppression antérieurs, notamment de la traite et de l’exploitation coloniale. Le Sud regarde comme un schizophrène cet Occident dont la pratique dément constamment les valeurs qu’il proclame. Jean Ziegler cherche à comprendre l’hostilité suscitée par l’arrogance des pays du Nord, à localiser les racines de cette haine pour construire une société planétaire réconciliée, juste, respectueuse des identités, des mémoires et du droit à la vie de chacun.
La civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale » est moralement, spirituellement indéfendable, accuse Aimé Césaire. Il met à bas toutes les tentatives de justification du colonialisme, sans la moindre concession.
Dans le nord de la Syrie, coincés contre la frontière turque, les kurdes luttent contre un nouveau totalitarisme : l’islamisme radical. Ils prônent la liberté individuelle et collective, l’égalité homme/femme, la laïcité, le respect des minorités et la justice économique. « Fanatiques islamiques contre fanatiques démocratiques : c’est pour ça qu’il n’y a que les kurdes pour arrêter Daesch. » a résumé quelqu’un à Patrice Franceschi. Engagé à leurs côtés depuis de nombreuses années, il rapporte leur parole, autant celle des combattants que celle de hauts responsables.
Avec ce texte d’une discours prononcé le 25 avril 1995 à l’Université de Columbia (New York), à l’occasion du cinquantième anniversaire de la libération de l’Europe, Umberto Eco tente de définir le fascisme pour pouvoir le reconnaître dans ses formes civiles contemporaines.
Inventaire des traditions sociales et culturelles des peuples amérindiens d’Amérique du Nord. Description de « ces pays si bien administrés que nul ne manquaient de rien », qui ne comptaient « aucun voleur, ni pervers, ni paresseux » comme le rapportèrent nombre de commentateurs du temps des conquêtes. Cette étude à parfaitement sa place sur ce blog : ces cultures dites « primitives » permettent aussi de comprendre l’évolution de nos propres sociétés. La Ligue des Cinq Nations iroquoises fut prise pour modèle par le communisme et inspira la Constitution des États-Unis. Et les Indiens n’ont eu de cesse d’avertir les Blancs que les ressources de l’univers n’étaient pas inépuisables.
Le congrès internationale de Saint-Imier signe un acte fondateur du mouvement anarchiste en proclamant que « toute organisation politique ne peut être que l’organisation de la domination au profit d’une classe et au détriment des masses et que le prolétariat, s’il voulait s’emparait du pouvoir, deviendrait lui-même une classe dominante et exploitante ». Marianne Enckell, bibliothécaire bénévole au Centre international de recherches sur l’anarchisme de Lausanne, raconte comment des ouvriers horlogers d’une vallée suisse romande, influencés par Bakounine et des proscrits de la Commune de Paris, ont élaboré un syndicalisme socialiste antiautoritaire et antiparlementaire.
Depuis décembre 2014, le site Lundimatin publie en ligne un journal hebdomadaire. Pour échapper à l’immédiateté obligatoire, à l’obsolescence instantanée, sa rédaction propose une parution papier regroupant quelques articles significatifs autour d’un thème et d’une période. Ce numéro 0 revient sur la séquence mars/août 2016 et le mouvement de la loi Travail.
Par son silence obstiné, son refus de dénoncer et condamner l’entreprise d’extermination des juifs, le pape Pie XII a-t-il failli à sa mission de vicaire du Christ sur terre ?
Journaliste uruguayen disparu en 2015, Eduardo Galeano entreprend l’histoire du pillage d’un continent. Il va démonter, siècle après siècle, les mécanismes d’une dépossession ruinant les nations.
Le Réseau Citoyens Résistants (R.C.R.) souhaite bâtir un projet de société dans l’esprit du programme du Conseil national de la Résistance. Celui-ci a été élaboré par ceux qui se sont mis debout, lucides, organisés, résistants à l’Occupation, imaginant les principes de la société d’après-guerre, pas par les Français repliés sur eux-mêmes attendant des jours meilleurs. Le peuple en mouvement d’aujourd’hui résiste au libéralisme économique dans ses nombreux domaines de nuisances.
Charles Piaget, protagoniste parmi les plus connus du combat des Lip, propose sa contribution aux principes démocratiques des collectifs de lutte.
Pierre Kropotkine établit une généalogie de la morale qui va à l’encontre de celle imposée par « les gouvernants, les hommes de loi et le clergé ». Il dénonce la religion et la loi comme morale fausse et défend une vraie morale naturelle, existant dans tout le règne animal.
Excellent dossier sur le « poids du clic ».
Le très bouddhiste Steve Jobs, fondateur d’Appel, demande à être envoyé au nirvana convaincu d’avoir contribué au bonheur de l’humanité. Pour commencer il sera réincarné en mineur de la République du Congo puis en travailleuse chinoise pour lui faire comprendre (et à nous par même occasion) les conditions de production de ses inventions. Le procédé narratif est simple, amusant et convainquant.
Récit pour le moins pittoresque d’un journaliste indépendant américain dans le Mexique révolutionnaire. John Reed suit les guérilleros et raconte leur quotidien haut en couleurs dans des tableaux expressifs et plein de saveurs, avec force passion et lyrisme.
Puisque tout se tient, il est impossible de remanier quoique ce soit : tout serait à refaire à la fois et satisfaire les mécontents serait en créer de nouveaux. L’incapacité à réformer n’a comme seule solution la révolution affirme Kropotkine. Celle-ci commence lorsque raisonnements et paroles se transforment en action.
« Le Christ ne pouvait pas, alors c’est Marx qui est venu… ». Une erreur d’aiguillage l’a conduit de nos jours dans le quartier de Soho à New York au lieu de celui de Londres où il a vécu. Les journaux l’ont informé que l’organisation du monde n’a guère changé, ne confirmant que trop ses prévisions. Il a obtenu une heure pour venir faire une petite mise au point sur ses théories trop souvent déformées. En lui donnant la parole, Howard Zinn répond aux amalgames imposés par le nouvel ordre néolibéral qui utilisent l’effondrement de l’Union soviétique pour invalider toute croyance en la possibilité d’une organisation sociale fondé sur le bonheur du plus grand nombre plutôt que sur la liberté individuelle de faire des profits et de s’accomplir dans la seule consommation.
Raharimanana n’était pas né en 1947. En mars, Madagascar s’était insurgée contre la colonisation française. La répression dura deux ans. Sa mémoire demande des comptes. Il cherche à reconstituer ces années-là qui échappent aux mémoires, histoire réécrite par les vainqueurs, tue par les vaincus, pour oublier.
Pendant la guerre civile russe, un paysan ukrainienne prendra la tête d’un mouvement insurrectionnel autonome, brandissant le drapeau noir de l’anarchie. Cette aventure épique longtemps occultée est un épisode glorieux et tragique de la mémoire des vaincus.
Au cours de l’été 2010, la gauche dénonçait la dérive droitière du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, au nom de l’antiracisme. Après l’été 2012, la gauche revenue au pouvoir, a repris à son compte la politique de stigmatisation des Roms. En cinq articles et autant d’angles d’approche différents, cet ouvrage fait le point sur ce qu’il est désormais convenu de nommer « la question Rom », effaçant ainsi tout caractère politique.
Deux veines cohabitent chez cet amoureux de la nature sauvage : l’une noire et rebelle, l’autre mélancolique et plus contemplative.
Vers 21 heures, le 26 septembre 2014, des centaines d’agents de police et un certain nombre de civils armés ont attaqué cinq bus d’étudiants de l’école rurale normale Raul Isidro Burgos d’Ayotzinapa, un autre transportant une équipe de foot, à Iguala, dans l’État du Guerrero, au Mexique. Bilan : 6 morts, 40 blessés et 43 étudiants disparus.
Consciencieusement, John Gibler, journaliste américain indépendant vivant au Mexique depuis plus de dix ans, a interrogé l’ensemble des témoins de ces événements pour découvrir une toute autre version que la vérité officielle. Ainsi, il démontre la collusion des forces d’État et du crime organisé pour bâtir une impunité administrative juridique. Inspiré par le principe zapatiste « diriger en obéissant » (mandar obedeciendo), il cherche à « écrire en écoutant » (escribir escuchando).
C’est un chœur qui déclame sa longue supplication, récit essoufflant de son périple. Ces migrants racontent leurs peurs, « peur de devoir rentrer, (…) peur de devoir rester, peur de n’avoir pas le droit de rester ».
À partir de récits et d’articles de presse, Bertold Brecht compose une série de scènettes se déroulant entre 1935 et 1938 : vie quotidienne en Allemagne, depuis l’accession au pouvoir de Hitler jusqu’à l’Anschluss.
Quimper, 1950. Une centaine de familles vivant dans des logements insalubres vont s’associer pour construire ensembles leurs maisons : la cité des abeilles. Marion Boé a voulu raconter l’histoire de ses grands-parents qui ont participé à cette aventure collective.
Rédigé en juin 1969, ce manuel de formation s’adressait à tous ceux qui voulaient lutter les armes à la main contre la dictature militaire au Brésil. Pour palier leur infériorité en armement et en équipement, Carlos Marighella leur apprend à développer leur sens stratégique.
Alors que les habitants du Kurdistan de Turquie organisent leur émancipation collective et proposent la paix à l’État turc, celui-ci répond par une répression sanglante. Les auteurs, du printemps 2015 au printemps 2016, ont recueilli les témoignages de celles et ceux qui luttent. Ces paroles permettent de comprendre une guerre coloniale à laquelle les États européens sont directement liés.
« Ce ne sont pas les raisons qui font les révolutions, ce sont les corps. Et les corps sont devant des écrans. » Dénoncer ne suffit plus à soulever. Même les créateurs de South Park ont renoncé, rattrapés sur le terrain de la satire par la réalité. Face à ce constat, le Comité invisible préconise de passer à l’attaque.
Considérant que la critique du capitalisme financier est désormais moins efficace qu’un « Tiens, tes agios ! » tagué sur la vitrine fracassée d’une banque, il revendique cette parole qui engage parce qu’elle a pris position. En réponse à l’anxiété livide que l’on nous inocule au quotidien, il revendique la fraternité lucide de l’émeute. Déserter, s’organiser, faire sécession, maintenant.
Sarkozy et ses suiveurs détestables, ont libéré en France la parole raciste en instrumentalisant à des fins politiciennes l’identité nationale. En des termes fermes et percutants, Charb relate cet épisode où tout a basculer, où toute retenue a disparu.
« Lorsque la plus haute autorité de l’État s’adresse aux cons et aux salauds en leur disant « Lâchez-vous les gars », que croyez-vous que font les cons et les salauds ? Ils se mettent à dire publiquement ce qu’ils se contentaient, jusque-là, de beugler à la fin des repas de famille trop arrosés. »
L’anarchisme a pris la place qu’occupait le marxisme dans les mouvements sociaux des années 1960 pourtant il est peu présent au sein des universités, tant dans les enseignements que dans les revendications des professeurs. Les anthropologues qui étudient les diverses façons d’organiser la société, notamment sur des bases égalitaires, moins aliénantes, restent muets. David Graeber se propose de les interroger « malgré eux » et de préciser certaines affinités.
Le 15 mai 2006, le Syndicat National des Travailleurs de l’Éducation (S.N.T.E.) décide, comme chaque année, d’occuper la place principale de la capitale de l’État d’Oaxaca afin de faire pression sur le gouvernement et obtenir un budget plus important pour acheter des livres et du matériel mais aussi des chaussures pour les élèves, pour financer les transports et des petits-déjeuners.
Le 14 juin, à quatre heures trente du matin, 2 000 policiers envahissent la place pour l’évacuer. Rejoints par la population prévenue par la radio, après six heures d’affrontements, les enseignants repoussent l’assaut.
Tandis que Grégory Jarry nous raconte rigoureusement, jour après jour, la Révolution Française, avec la même truculente ironie qu’il employa déjà pour l’histoire de la colonisation française, Otto T. nous en montre une autre qui suit le même cheminement, ici et maintenant. « La Révolution française de 1789 racontée à ceux qui vont faire la prochaine. » Tout un programme !
Pour raconter l’Espagne franquiste, Armand Gatti donne la parole aux émigrés dispersés aux quatre coins du monde. Leurs récits s’inscrivent autant dans la nostalgie amère d’une bataille jamais terminée, d’une lutte à poursuivre, que dans l’oppression d’hier et d’aujourd’hui. Quand à Franco, il est représenté par une baudruche que l’on gonfle et dégonfle, déployant ses six bras : deux avec les mains jointes et le chapelet pour prier, un pour le salut fasciste et l’autre pour le salut militaire, un autre pour demander la charité et le dernier avec un révolver braqué.
Ce second volume de la Petite histoire des colonies françaises s’intéresse à la construction de l’Empire colonial en Afrique, en Océanie et en Asie. Charles X va se servir du ressentiment nationaliste de la jeune génération pour conquérir des pays moins puissants que l’Angleterre sur laquelle Napoléon s’était cassé les dents.