Les soldats du 14e régiment de tirailleurs sénégalais, engagés dans les Ardennes, sont faits prisonniers par les Allemands, dispersés dans des Frontstalags, fermes et usines en France occupée, avant d’être embarqués et ramenés en Afrique. Comme ils réclamaient le versement de leur solde, ils furent exécutés par leur propre armée, jetés dans des fosses communes, effacés, oubliés, « évaporés ».
L’histoire s’est arrêtée à Thiaroye, au Sénégal, en 1944. Pour les victimes de la tragédie. Pour leurs descendants, sur plusieurs générations, ignorant ce qu’y s’est réellement passé. « Un parent humilié donne toujours un enfant en colère. » Pour les « bourreaux », aussi, incapables de vivre avec ce trop lourd secret. Pour leurs familles qui vont en supporter le poids sans rien en savoir. Certains essayeront de « remettre les bouts ensemble », de découvrir la vérité, de comprendre comment et combien elle a entravé leur existence : « Le présent ne peut pas exister à l’ombre de ce passé flou. » Avec leurs récits croisés, Alexandra Badea tente de comprendre la puissance folle de ce « point de non-retour ».
Un certain nombre d’idées orthodoxes et inoffensives, constituant une sorte d’ « idéologie américaine », sont mises en avant par de puissantes machines culturelles et acceptées. Elles occupent et dominent les débats, au détriment d’une réflexion indépendante, garantissant un contrôle sans besoin de soldat dans les rues. Deux partis suffisent à créer l’illusion d’une société pluraliste. Howard Zinn propose de questionner et contester ces croyances, à partir des grandes théories et de faits historiques.
Directeur d’Alger Républicain de 1950 jusqu’à son interdiction en 1955, Henri Alleg doit passer dans la clandestinité en novembre 1956 pour échapper aux mesures d’internement qui frappe la plupart des collaborateurs du journal. Arrêté le 12 juin 1957, il est séquestré un mois entier et livre ici le récit de sa détention, dénonçant les tortures dont il a été victime.
Promulgué en mars 1685 par Louis XIV, le Code noir témoigne de la condition des Noirs asservis dans les îles françaises.
Fondé en 1905 à Chicago, l’organisation syndicale internationaliste des Industrial Workers of the World (IWW) réunit tous les exploités, hommes, femmes, immigrés, non-qualifiés, exclus par les autres syndicats. Cette copieuse bande dessinée raconte l’histoire de ce mouvement radical dont l’unique objectif était de conduire les travailleurs « à la pleine possession de leur outil de travail ».
Ces « fragments » devaient constituer la troisième partie de « L’obsolescence de l’homme », comme l’explique la judicieuse préface de Philippe Ivernel. Ils complètent les réflexions de Günther Anders sur notre civilisation, sa critique de la science et de la technocratie qui nous conduisent à un « cannibalisme post-civilisationnel ».
Une société est une « organisation de survie collective », par l’ « appropriation de la nature ». La notre a réussi dans son inconscience à « mettre en péril cette sécurité matérielle dont la conquête était sa seule justification » et a décrété « l’état d’urgence écologique », à la fois « économie de guerre, qui mobilise la production au service d’intérêts communs définis par l’État » et « guerre de l’économie contre la menace de mouvements de protestation qui en viennent à la critiquer sans détour ». Cet « écologisme » prévient et censure tout développement de la critique des nuisances en une critique de l’économie qui les engendre ».
Se nourrissant des crises, la logique dominante accélère les processus économiques et sécuritaires, transformant en profondeur nos sociétés, les rapports entre gouvernés et gouvernants, et la « sortie de la démocratie ». Pierre Dardot et Christian Laval dénonce ici la radicalisation néolibérale qui étend et impose « la logique du capital à toutes les relations sociales jusqu’à en faire la forme même de nos vies », insécurise et discipline la population, désactive la démocratie et fragmente la société. Le ressentiment s’accumule, faute de réponse alternative crédible, et s’exprime par l’envie de « renverser la table », le retrait indifférent ou la xénophobie. « L’austérité en Europe mène à une catastrophe politique aujourd’hui parfaitement envisageable. La victoire du néo-fascisme est maintenant devenue une possibilité avec laquelle il faut compter. » Les autorités politiques, semblant n’avoir rien retenu de l’histoire, n’ont d’autres réponses que de fourbir l’arsenal juridique des tyrannies qui s’annoncent, accentuant toujours plus l’érosion de l’État de droit. Et la gauche critique se complait dans les incantations stériles.
En 2002, se développe en France une campagne dénonçant une « vague d’antisémitisme ». Alain Badiou et Éric Hazan montrent qu’il s’agit avant tout d’allumer un contre-feu pour détourner l’attention de la sanglante opération Rempart dont la brutalité choque l’opinion publique et les médias, profitant de la « détestation montée d’un bout à l’autre de l’Occident contre les Arabes et les musulmans après le 11 septembre ».
S’ils admettent les manifestations d’hostilités à l’égard des juifs, et les dénoncent, ils contestent l’ampleur de cette « vague ».
Raoul Vaneigem jette ici « de quoi grapiller quelques hypothèses et suggestions » avec le seul soucis « qu’elles marquent une rupture absolue avec les préjugés et les dogmes du passé ». Il s’adresse aux révoltés qui « se sentent démunis devant l’effondrement du vieux monde et la trop lente émergence du nouveau » et « mise sur la radicalisation spontanée des individus et des collectivités ». Il prône l’autogestion généralisée.
Par désillusion à l’égard des possibilités d’un changement révolutionnaire, ayant constaté que « pratiquement toutes les révolutions réussies ont abouti à la création d’un État encore plus puissant que celui qu’elles avaient reversé, un État qui, à son tour, était capable d’extraire plus de ressources que son prédécesseur et d’exercer un contrôle accru sur la population qu’il était censé servir », James C. Scott, professeur de science politique et d’anthropologie à l’université de Yales, s’est intéressé à la critique anarchiste de l’État. Il entend démontrer ici que des « principes anarchistes sont actifs dans les aspirations et l’action politique d’individus qui n’ont jamais entendu parler d’anarchisme ou de philosophie anarchiste ».
« L’extinction finale vers laquelle nous entraîne la perpétuation de la société industrielle est devenue en très peu d’années notre avenir officiel. » René Riesel et Jaime Semprun, intimement convaincus de la « réalité du désastre en cours » fustigent ceux qui prétendent gérer les problèmes en maintenant le système qui les a produit, en « renforçant toutes les coercitions et en asservissant plus profondément les individus à la collectivité ». « Le sort de l’humanité est donc scientifiquement scellé : il ne lui reste plus qu’à optimiser la maintenance de son fragile biotope terrestre. C’était le programme de l’écologie scientifique, c’est en train de devenir celui de tous les États. »
Quelques minutes avant l’annonce officielle de l’élection d’Emmanuel Macron, le site d’informations Lundi Matin diffusait dans une vidéo une mise en garde à son encontre, lui prédisait qu’il serait empêché de gouverner. Nous y sommes : depuis novembre, les gilets jaunes refusent de continuer « à jouer le jeu ». Est réunie ici une sélection d’articles sociologiques voire de philosophie politique, et d’analyses sagaces, parus depuis.
La Commune internationaliste du Rojava publie cet ouvrage pour présenter son projet-chantier d’une société écologique. Des « structures démocratiques non-étatiques, basées sur les conseils de quartier », développent en ce moment même des chantiers écologiques, soucieux de construire de nouveaux rapports avec la nature.
Juriste et enseignante chercheuse à l’université de Nice, Sarah Vanuxem propose de démontrer que, non seulement la propriété n’est pas « un pouvoir souverain d’un individu sur les choses » mais qu’elle est, dans le droit moderne, le code civil, leurs origines romaines et médiévales, enracinée dans le commun.
Le collectif Île-de-France de soutien à la lutte de Notre-Dame des Landes a décidé, après l’opération César en 2012, de construire une cabane démontable, transportable et remontable. Un appel a été lancé pour participer à un chantier collectif dans le parking en sous-sol du Transfo, ensemble de quatre bâtiments squattés, à Bagnolet. Imaginée en kit, construite à l’aide de plus de mille palettes et d’autres matériaux récupérés, elle occupera 50 m2, avec un étage.
Au début du XVIème siècle, Thomas Müntzer dit la messe en Allemand, prêche un christianisme primitif et incite à la révolte de ceux qui vivent la « pauvreté évangélique ».
Naissance prématurée, après une grossesse contrariée et contrariante, racontées par sa mère comme une histoire drôle, après une gorgée de thé à la menthe : « On peut survivre à tout quand on survit à sa mère. » En trois pages, Dalie Farah donne le ton.
Des étudiants du master « alternatives urbaines » du lycée Chérioux de Vitry-sur-Seine, proposant d’explorer « des manières délicates d’habiter la surface de la Terre qui prennent au sérieux le réchauffement climatique en cours et ses conséquences », se sont rendus sur la Zad de Notre-Dame des Landes pour réaliser des relevés puis des dessins de ces « constructions édifiées sans architecte ni charpentier », cabanes qui « déployaient des écritures poético-pratiques inouïes et suggéraient des manières de vivre totalement inattendues ». Avec les photographies de Cyrille Weiner et une poignée de textes de présentation, ils constituent cet ouvrage.
Considérant que le concept de « nature » est une récente création occidentale qui permet d’organiser le monde en la considérant comme ressource ou sanctuaire, Alessandro Pignocchi lui oppose la plupart des autres peuples qui ne la distinguent pas de la culture. Les indiens d’Amazonie, par exemple, développent des relations sociales avec les plantes et les animaux, identiques à celles entretenues avec les humains. « Au prisme de l’anthropologie, la protection de la nature apparait comme le prolongement, indissociable, de l’exploitation. » « Notre concept de Nature favorise cette relation de sujet à objet (qui se focalise sur l’utilisation) et occulte les riches relations de sujet à sujet (fondées sur la prise en compte empathique de l’autre) que nous pourrions nouer avec les non-humains. » Découvrant qu’existent en France des endroits où cette « révolution cosmologique est déjà en cours », il décide de se rendre sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes et raconte sa rencontre avec « des gens qui ont conscience d’habiter un territoire commun, un territoire qu’ils cherchent à partager au mieux, entre humains et non-humains. »
Contrairement aux idées reçues et entretenues, le black bloc n’est pas une organisation permanente aux multiples ramifications internationales mais une « forme d’action collective, une tactique très typée qui consiste, lors d’une manifestation, à manoeuvrer en groupe au milieu duquel chacun préserve son anonymat » et qui vise une grande visibilité. Bien que politiciens, policiers, journalistes, universitaires et porte-parole des mouvements progressistes institutionnalisés s’évertuent à nier sa nature politique, le black bloc exprime une critique radicale du système politique et économique, s’attaque aux symboles du capitalisme et de l’État. Il relève de la société du spectacle en tentant d’ « instituer un contre-spectacle ». Inscrivant les blacks blocs dans la tradition anarchiste de l’action directe, Francis Dupuis-Déri, enseignant la science politique à Montréal, présente objectifs et dynamique de cette tactique toujours un peu trop rapidement discréditée.
Revenant sur quarante ans de combat dont les dix derniers marqués par l’occupation d’un territoire de bocage, à Notre-Dame-des-Landes, à une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes, condamné par un projet d’aéroport, cet ouvrage propose de garder les traces de cette expérience humaine et de les partager : l’invention du quotidien avec sa gestion politique et ses assemblées, la transmission des savoir-faire, les chantiers collectifs et tous les événements qui ont permis de tenir tête aux gouvernements successifs. Il s’agit d’inspirer, de « montrer comment habiter un territoire peut devenir un moyen de lutte », de « donner de l’espoir à celles et ceux qui ailleurs, aussi, ont fait le choix de ne pas se résigner ».
Sam a un problème avec son frère. Il écrit au président des États-Unis à propos de son idée de construire un mur. Peut-être que lui aussi pourrait en installer un dans leur chambre pour le séparer de cette « personne indésirable ». Lettre après lettre il l’entretient de l’évolution de son projet et de ses recherches sur les murs dans le monde.
L’opération Turquoise est apparue comme une intervention contre les conséquences du génocide rwandais, écran de fumée dressé par la France pour masquer ses responsabilités. « La France a soutenu au Rwanda un régime en pleine dérive nazie – progressivement ordonné à une « solution finale du problème tutsi » . Elle a financé, équipé et formé les unités militaires qui, avec leurs excroissances miliciennes, ont exécuté le génocide. » François-Xavier Verschave explore sans complaisance tous les degrés de complicité et de négligence.
Précurseur des grands dialogues philosophiques des Lumières (Diderot, Voltaire,…), Lahontan se met en scène en grande discussion avec un Huron, Adario, à qui il prête l’ironie de la critique et débat de la religion, de la tolérance, de la justice et de l’égalité entre les hommes. Plus d’une fois, il se trouve bien en peine à répondre aux raisonnements du « sauvage ».
Le choc pétrolier fut une chance inespérée pour le pouvoir qui saisit ce prétexte pour disséminer des centrales nucléaires. Conjointement se développa le mouvement anti-nucléaire, obstacle important à la politique du fait accompli, au départ majoritairement pacifiste, convaincu que l’indignation citoyenne suffirait à empêcher l’État d’imposer ce nouveau modèle de société. La manifestation de Malville, le 31 juillet 1977, avec la mort d’un manifestant, clarifiera d’un coup le niveau de conflit auquel l’État était disposé, provoquant une fracture au sein du mouvement entre les professionnels de l’écologie et des militants qui vont radicaliser leurs pratiques et leurs objectifs. Dès lors, la violence collective, les blocages et les sabotages devinrent des instruments valables, à la portée de tous. Cet ouvrage propose une chronologie des principaux faits marquants de la lutte anti-nucléaire en France entre 1962 et 1984, ainsi qu’un corpus d’articles, communiqués et tracts autour du projet de centrale de Golfech.
En 1956, Fernand Iveton dépose une bombe dans un local à l’écart des ateliers de l’usine où il travaille, à Alger. Cet acte symbolique qui s’inscrit dans la lutte de libération nationale ne doit blesser ni tuer personne. Dénoncé, il est arrêté avant l’explosion. Coupable d’une intention de sabotage, il est condamné à la peine capitale, dossier facile à défendre mais qui tombe au mauvais moment. « La guerre et la loi n’ont jamais fait bon ménage. »
Par une habile adresse au lecteur longue de plus de deux cents pages, François Bégaudeau le dérange dans son confort intellectuel, l’interpelle sur ses multiples contradictions, le mène au pied du mur de ses engagements, passe en revue ses si nombreuses divergences et, dans un effet de miroir, lui expose ses propres convictions :
« Tu voteras jusqu’à la lie.
Tu es le sujet idéal de la monarchie républicaine. L’élection par quoi le citoyen délègue et donc abdique sa souveraineté est le pic de jouissance de ta libido citoyenne. Sur ce point comme sur le reste nous sommes à fronts renversés. Tu tiens l’élection pour le lieu exclusif de la politique, je tiens que la politique a lieu partout sauf là. Je sors du jeu au moment où tu y entres. »
Le sociologue Ugo Palheta s’attache à discerner, dans l’actuelle décomposition du champ politique français, « la trajectoire d’un désastre possible » mais résistible, à condition que soit reconnu le danger à temps. La résurrection et le renforcement de l’extrême droite doivent être replacés dans le « processus historique de radicalisation – néolibérale, autoritaire et raciste – de la classe dirigeante française dans son ensemble » qui nourrit la progression de ce néo-fascisme. Il propose de construire un antifasciste qui ne se contente pas d’opposer au FN un « front républicain » avec des organisations impliquées dans la destruction des conquêtes sociales et démocratiques, dans la banalisation du racisme, mais d’engager « une rupture avec l’organisation capitaliste de la production, des échanges et de la vie ».
Inaugurant une série de bandes dessinées qui propose de revisiter l’histoire de la France « à rebours des légendes nationales comme des images d’Épinal », ce premier volume nous emmène sur des sites mémorables (Carnac, Lascaux, la Cathédrale de Reims, Gergovie, le Rhin à Strasbourg,… ) en compagnie de Jeanne d’Arc, Molière, Michelet, Marie Curie, Dumas père et Pétain, à la recherche de « l’origine » de la France.
La révolution ne se laisse pas commémorer, embaumer. Le mot lui-même subit des attaques inlassables, « domestiqué dans les pages de papier glacé » sous couvert de publicité. De même que « réforme », longtemps porteur d’espoir d’émancipation, est aujourd’hui un « mot de passe et de passe-passe » qui emballe les décrets contre « tant d’acquis conçus pour vivre mieux », « révolution » subit les contre-emplois, jusqu’au titre du livre de campagne d’Emmanuel Macron. Ludivine Bantigny a accepté de relever le défi « de s’emparer d’un mot dévoyé par la langue au pouvoir, de l’arracher à l’idéologie qu’il sert et à la soumission qu’il commande pour le rendre à ce qu’il veut dire », selon la déclaration d’intention de cette nouvelle collection fort judicieusement intitulée « Le Mot est faible ».
Recueil d’un vingtaine d’articles écrits pour le journal anarchiste britannique Freedom entre 1886 et 1902, inédits en français, dans lesquels Pierre Kropotkine présente les bases de l’organisation anarchiste de la société appliquées à un pays entier en situation révolutionnaire, en l’occurrence l’Angleterre de la fin du XIXe siècle.
Proclamant que « l’anarchie c’est l’ordre par l’harmonie », Louise Michel incite avec ce texte de conférence lu un peu partout en France, les déshérités à tenter leur délivrance, à changer la base du « nid de l’humanité » au lieu de « perdre son temps à placer autrement les brins de paille », une base qui sera « une branche solide » : « la justice égalitaire au lieu de la force ».
René Riesel comparait les 8 et 9 février 2001 aux côtés de José Bové et Dominique Soullier de la Confédération paysanne, pour la destruction de chimères génétiques au CIRAD de Montpellier, dans le cadre de la « Caravane intercontinentale » composée en grande partie de paysans du sud de l’Inde. En prononçant ses aveux et exposant ses mobiles, il souhaite inspirer une « véritable opposition anti-industrielle », s’opposer à une « cogestion « citoyenne » des catastrophes à venir », « faire la démonstration, in vivo, de la complémentarité entre institutions étatiques » et rendre hommage à Theodore Kaczynski.
À la fin du XVIIIe siècle, la partie française de l’île de Saint-Domingue, modèle de colonie d’exploitation, représentait pour l’économie française ce que l’Afrique noire toute entière lui apportait au XXe. La première grande concentration capitaliste s’organise dans la classe des armateurs, recrutée à Nantes, Bordeaux, Rouen, et précède l’industrie. Aimé Césaire, raconte, en trois moments, la première révolution anticolonialiste.
La démocratie serait une invention occidentale, née en Grèce dans l’Antiquité, puis ravivée aux XVIIe et XVIIIe siècle en Europe et aux États-Unis. David Graeber réfute cette idée reçue, remettant en cause la notion de « culture occidentale » au sens anthropologique et comme tradition intellectuelle. Il montre comment les lettrés se sont constamment opposés à la démocratie que l’on trouve en réalité plus dans les marges des systèmes de pouvoir et que celle-ci est en définitive indissociable de l’anarchie.
Avec la série d’expériences réalisée au début des années 1960 et qui porte désormais son nom, Stanley Milgram a mis en lumière les processus d’obéissance et de désobéissance, la façon dont l’homme concilie les impératifs de l’autorité avec la voix de sa conscience.
Juan Branco propose de démontrer tout ce que « l’apparat » déployé par Emmanuel Macron cherche à dissimuler : un vide abyssal. « Nous sommes nombreux à avoir senti derrière la Geste l’esbroufe. Derrière l’apparence de compétence et d’impression que portèrent cette victoire et cette cavalcade victorieuse, le néant. » Il montre comment le processus démocratique a été dévoyé pour l’instauration d’un pouvoir reposant sur l’écrasement de l’autre, la satisfaction de son « bon plaisir » et le viol de notre souveraineté.
Avec ces textes, Mumia Abu-Jamal brise le silence que lui impose l’administration pénitentiaire. En effet, tout se passe comme si les règlements (qui n’existent parfois même pas !) prévalaient sur la Constitution, notamment le 1er amendement garantissant la liberté d’expression, pour l’empêcher de s’exprimer dans les médias depuis sa cellule, les autorités de Pennsylvanie exerçant « une censure politique » pour le baîllonner. « En direct du couloir de la mort, Mumia Abu-Jamal vous parle. »
Pour déjouer la logique médiatique qui réduit les réalités sociales et les rend incompréhensibles en concentrant les projecteurs sur un fait individuel, « ruse du spectacle ambiant qui s’efforce de neutraliser ses ennemis en les façonnant à son image », Jérôme Baschet entreprend avec cet ouvrage moins de revenir sur l’histoire du mouvement zapatiste depuis 1994 que de cerner la contribution de celui-ci à la « reconstruction d’une réflexion et d’une pratique critiques, à la fois radicales et rénovées » : 1994 représente un « anti-1989 », une dénonciation du mensonge de « la fin de l’histoire auto-proclamée au profit du capitalisme triomphant », obligeant celle-ci à « reprendre sa marche ».